Trois Enterrements me paraît être une grande réussite, par son côté à la fois épique et dérisoire, par une qualité visuelle qui n'est pas sans rappeler les grands espaces fordiens, par la grandeur tragique de ce voyage avec et vers la mort, par le mélange très efficace de la concision la plus sèche et du lyrisme le plus flamboyant.
L'approche de ce film est, à un double niveau, éminemment littéraire. Tout d'abord par l'attitude quichotesque de Tommy Lee Jones, qui poursuit une quête qu'on peut considérer initialement rationnelle (respect de la parole donnée à un ami de l'enterrer dans son village au Mexique), mais qui devient monomaniaque quand elle finit par se révéler illusoire car fondée sur un mensonge; la référence à Faulkner me semble également omniprésente. Dans « Tandis que j'agonise », Faulkner nous raconte le voyage de la famille Burden partie enterrer la dépouille de la mère dans un sud presque mythique et l'on ne peut s'empêcher de voir des thèmes et un traitement narratif très proches (le respect des morts, la décomposition du cadavre, les ruptures dans le récit où la narration passe d'un personnage à un autre, ces ruptures étant finalement assez rares au cinéma).
Ceci donne un film très émouvant, parfaitement cohérent, superbement filmé et remarquablement interprété. Tommy Lee Jones (associé au scénariste Guillermo Arriaga) y démontre une étonnante maîtrise en tant que réalisateur « presque débutant ».