Au départ une photo d'August Sander, photographe autrichien du début du siècle, qui voulait immortaliser à travers des portraits de femmes et d'hommes allemands pris dans leur quotidien, l'individu du vingtième siècle... à l'arrivée un livre exceptionnel qui tient du roman (deux personnages en quête de sens, l'un, l'auteur lui-même, l'autre, un journaliste de revue informatique, ressemblant comme deux gouttes d'eau, à un des personnages de la photo), de la fresque historique (l'essor d'une Amérique industrielle, sûre d'elle-même, péremptoire, triomphante fascinante et stupide) et de la réflexion philosophique (la nature de la réalité perçue et transmise à travers un instant fixé sur un document figeant le temps dans l'intemporalité). C'est cérébral, un peu froid, formidablement intelligent, architecturé de manière complexe sans qu'on ne s'y perde jamais. On se prend au jeu fasciné par un récit qui rappelle les dessins de Max Escher. On ne le lâche qu'une fois fini après avoir toujours eu le sentiment d'un manque à la pause de lecture imposée par le sommeil ou par la nécéssité de se consacrer à une autre tâche.