Traquer les émotions fugitives, observer les liens secrets attachant idées et sensations, capter les réminiscences, humer les effluves persistantes d'un amour passé, tenter de faire éprouver les glissements du temps dans l'âme humaine, s'écouter penser enfin, tous ces exercices d'introspection ont permis à des auteurs de produire quelques sommets de la création littéraire. Mais n'est pas Proust ou Woolf qui veut. Prenant prétexte de la difficulté d'écrire, M. Weyergans nous inflige une suite de pensées, de souvenirs et d'interrogations où la plus triste banalité le dispute au nombrilisme le plus exaspérant. Saupoudrant ce fade brouet d'une pincée de culture et y jetant en fin de cuisson quelques ébats amoureux un peu crus, M. Weyergans nous sert l'un de ces mets insipides qui composent presque exlcusivement le menu de la littérature française d'aujourd'hui. Que cet ouvrage ait reçu un prix est certes désolant, mais qu'il ait été aussi unanimenent salué par la critique en dit long sur l'état d'un champ médiatico-littéraire où, chacun étant l'obligé de l'autre, connivences et flagorneries ont depuis longtemps remplacé talent et excellence.