Surgis comme des lutins facétieux du cerveau fertile de Black Francis, les Pixies ont écrit quelques pages décisives dans le rock alternatif du début des années 90. Leur pop aquatique occupe une place à part dans le tumulte de l'époque (ils furent la référence de Nirvana), et ce trompe-le-monde débite sans répit les épisodes successifs de la saga. De "Planet Of Sound" avec un travail de guitare très imagé de Joey Santiago, jusqu'au brutal "U-Mass" bousculé par un riff digne des Who, les Pixies nous font là leur show le plus complet. À coup de chansons vite expédiées, mais riches de l'humour un peu malsain de Francis, ils servent pourtant des refrains qui restent en mémoire, dans leur délicieuse rouerie ("Bird Dream Of The Olympus Mons"). Trompe le monde, plus qu'un titre, apparaît comme une devise. Les Pixies ont leur propre vision du monde et leur propre lecture du hip-hop, "Space I Believe In" en est une bonne approximation. Ni délibérément punk ni réellement pop, les Pixies restent les farceurs les plus géniaux et les plus inventifs de leur temps.
--José Ruiz
Malgré les rumeurs de séparation, les Pixies parviennent à sortir un ultime album en 1991.
Trompe le Monde est beaucoup plus métal et se rapproche davantage du son qui a fait connaître le groupe, face à un précédent
Bossanova un peu décevant. Ici, le métal, le grunge, le punk et les paroles délirantes font leur retour.
Le titre «
Trompe le Monde » en ouverture d’album possède une construction classique entourée d’un véritable orage électrique en fond. Un tonnerre à rendre sourd en concert. Le ton est donc lancé. «
Planet of Sound » gronde et monte tranquillement avant d’exploser complètement dans les hurlements de fond de gorge et les larsens électriques. «
Alec Eiffel » détend alors un peu l’atmosphère avec la voix féminine de Kim Deal, tout en maintenant une pression soutenue. Il subsiste alors un sentiment d’urgence palpable et délicieux.
« The Sad Punk » ne fait pas d’otages et attaque directement au corps sans prévenir. Malgré tout, les trois minutes d’hostilités doivent être certainement le plus long morceau de l’album. La fin du morceau est du pur Franck Black dans ses chevauchés en solo : voix de crooner, rythme lent et ambiance nicotine de fond de bar. «
Head On » est une remarquable reprise de The Jesus and Mary Chain. Un très bon choix, mais qui tient plus d’anecdote dans une playlist déjà parfaite. «
U-Mass » est un rock délicieux accompagné d’une batterie bondissante, qui sous ses larsens assez cool, fera le bonheur des génériques de MTV. «
Bird Dream of Olympus Mons » est une ballade agréable avec une basse très présente, proche du glam rock. «
Sabbacultcha » invite l’auditeur à reprendre en cœur ce slogan martelé du fond des accords brouillons et proche de l’univers de David Lynch. «
Distance Equals RateTimes » joue la complainte écorchée, tandis que «
Lovely Day » est tout en légèreté et en dérision. Enfin «
The Navajo Know » n’a rien à envier aux petites ballades 90’s qui passaient sur la bande FM. Un moment léger et agréable, avec une voix trafiquée et un rythme répétitif.
Le producteur Gil Norton a ici procédé à une réalisation métallique et tranchante, ne laissant aucun temps morts entre les morceaux. L’ensemble est étouffant et rapide. Brut et efficace. Un clavier a été rajouté par la présence d’Eric Drew Feldman (ex-Captain Beefheart) et a donné une ampleur épique aux compositions, sans jamais dénaturer le son original. La bassiste Kim Deal se fait très discrète sur l’ensemble des chansons et le guitariste Joey Santiago a délaissé le folk de ses débuts. C’est la fin de l’aventure des Pixies, mais une fin triomphante.
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