Aie aie aie, que cela me fait mal d'écrire ces lignes, tellement j'aime Filter, que je suis pas à pas depuis ses débuts avec le tonitruant "Hey Man Nice Shot". Un parcours de grande classe, d'abord pavé d'or avec "Short Bus" puis "Tittle of Record", 2 galettes bien gavées de titres ultra-inspirés. "Amalgamut", le troisième essai, contenait lui aussi son lot de pépites et négociait le cap avec brio. Enfin, "Anthems for the Damned", dédié aux soldats ricains envoyés en Irak et en Afghanistan, se révélait être moins brutal que ses prédecesseurs, mais lui aussi contenant son dû de bons titres, et somme toutes un bon album, qui respectait l'esprit Filter.
4 albums en 15 ans (si l'on passe sur le remix et le best-of)... 1995-2010. Filter étant un groupe à part et ses livraisons étant rares, les fans que nous sommes veulent à chaque fois le meilleur, bien sûr. C'est donc très fébrile que je nourrissai mon lecteur CD de ce "Trouble with Angels" fraîchement débarqué, impatient de retrouver les sonorités si typées de Richard Patrick...
1er constat, en lisant le livret : Bob Marlette a produit et mixé l'opus. Bon. Mais en plus il est crédité sur tous les titres (ou presque), non sur les lyrics, qui restent la chasse gardée de Richard, mais plus grave, sur la musique. Jusqu'à la chanson éponyme, dont il est carrément le seul à signer la musique ! Inquiétude. Peur. Richard Patrick est plutôt du genre despotique et aime avoir la mainmise totale sur ses créations. Il a évolué, certes, mais de là à abandonner tout un pan de sa créativité... ? Ceci dit, Marlette n'est pas le seul à être crédité ; il y a aussi Dileo, Fineo, et encore d'autres.
Allez, ne soyons pas défaitistes, écoutons plutôt...
Ca démarre sur " The Inevitable Relapse", dont on attend beaucoup, puisque mis en avant sur la pochette. Grosses guitares, son un peu confus, vocaux énervés, mélodie brouillonne... oulaaa, mauvais départ. Plus rien à voir avec la finesse qui fait la marque de fabrique de Richard, même s'il sait souvent l'allier intelligemment à la brutalité. Je suis inquiet. La suite, tout de suite. "Drug Boy" prend exactement le même chemin : plus fusion qu'indus-métal, ce titre, qui n'est pas sans rappeler le son de Korn ou encore de Sevendust, se perd lui aussi dans le flou, limite cacophonie. Zut alors... le reste de la galette sera t'il à cette image ?
Eh bien oui, fort malheureusement.
"Absentee Father", s'il présente un relatif intérêt mélodique (plus que les 2 précédents), reste bas, et se noie encore dans les hurlements sporadiques d'un Patrick plus jouant une comédie qu'habité comme à son habitude. Après 3 titres de ce genre, je commence à penser que l'artiste a effectué un réel virage de style et le reste risque fort de ressembler au début.
"No love" se déroule sur un riff d'entrée pas mauvais, puis dans un registre plus calme, du style "I keep flowers around", avant de relancer la machine à fouillis sur "No Re-Entry" et de continuer sa descente jusqu'à "Catch A Falling Knife", dont on nous a bien rabattu les oreilles sur le net, sans parler du décevant "The Trouble With Angels", dont Marlette est l'auteur de la musique.
La fin (puisqu'on y est déjà) ne relève pas le niveau, quant aux 2 titres bonus, dont un remix de "Drug boy", ils ne justifient carrément pas le surcoût de l'édition limitée.
L'impression désagréable que produit l'écoute de cet opus est que Bob Marlette donne prétend avoir compris la musique de Filter et s'y immisce impoliment, se substituant à son géniteur habituel et recréant un peu trop facilement des gimmicks sonores déjà usités dans le passé par Richard Patrick. Ce qui est plus inquitéant, c'est que Richard l'ai laissé faire. Les rythmiques technoïdes convenues dont Marlette, pas seul coupable, est l'auteur auto-plagient les précédents albums, et c'est bien là l'erreur, car Filter est un groupe évolutif qui ne cède jamais aux sirènes du marketing. Jusqu'à ce jour. Alors certes on ne peut pas dire que "The Trouble With Angels" soit un album politiquement correct et facilement diffusable sur MTV, car sa musique n'est pas évidente, mais cela ne l'obligeait pas non plus à créer une soupe fusion dépourvue d'âme à ce point. Les guitares y sont costauds, les vocaux furieux, le son très bon, mais l'inspiration est majoritairement partie. Aucun morceau de la trempe de "Where do we go from here", "Hey man nice shot", "Take a picture" ou encore "Soldiers of misfortune", avec ces montagnes russes de basses subtiles et mélodies imparrables. Ici tout n'est qu'énervement mal contrôlé, qui abouti à un résultat largement en dessous des capacités de Richard Patrick... et de nos attentes.
Dommage.