J'ai toujours été fan de Mos Def. Mais je dois avouer que son dernier album fut moins brillant que le premier, le culte
Black On Both Sides. Dans
The New Danger, Le MC originaire de Brooklyn avait opéré un virage vers un rap plus incisif et plus rock, avec True Magic, il semble désormais s'enfoncer dans l'obscurité.
En effet, les instrus sonnent désormais undergrounds au sens le plus plus brut du terme, voire archaïques. Pour beaucoup d'entre elles, il est possible de les résumer à un piano ou une guitare, agrémenté parfois de quelques cuivres, sur une ligne de basse profonde et lourde. C'est simple et dépouillé, brut et fort, au point que parfois même on croirait entendre du crunk ("Thug is a Drug").
Au niveau du flow, je l'ai trouvé lui aussi tout aussi simple et dépouillé. Une des particularités de Mos Def, et une de ses principales qualités, pour moi, c'est son flow. Celui-ci sur
Black On Both Sides était élastique, protéiforme (rappelez-vous "Brooklyn" et ses variations sur
Black On Both Sides), pouvant passer d'un débit monotone à un rythme plus mouvant rempli de modulations et d'exclamations le rapprochant alors plus d'un chant, ou d'un flow old school tel que celui de Melle Mel. Ici, Mos Def rappe de façon égale, c'est-à-dire avec moins d'excès, moins de cris, or sur ces premiers morceaux tel que ceux de
Manifest Destiny, ou "If You Can Huh...", même si les intrus étaient alors tout aussi nues et faciles, son flow parvenait à transcender le morceau, à lui apporter cette touche de musicalité propre à le rendre unique et fort.
Mais True Magic est malgré tout musical, mélodieux, et surtout soulfull. D'ailleurs, le rock a totalement disparu depuis le précédent album. Et si les sons sont plus simples, il se trouve aussi quelques bombes telles que "Undeniable" (utilisant un air repris aussi par Nas pour son "You Can't Stop Us Now" sur son
Nas), ou encore "Perfect Timing", avec ses touches de piano et d'orgue lui donnant une atmosphère chaude et sensuelle.
De plus, Mos chante toujours, comme sur "There is a Way" ou "Sun, Moon, Stars", tous deux extrêmement proches de la soul.
Et même si les sonorités et le flow du rappeur paraissent ici moins inspirés que d'habitude, moins puissants et vivants, au travers des thèmes abordés ("Undeniable", "There is a Way"), on sent toujours cette teinte noire qui illumine chacune des pistes. Mos Def rappe l'âme noire des États-Unis.
Pour moi, True Magic est un album en demi-teinte. Il est plus dur, moins léger, moins recherché que la perle
Black On Both Sides, comprend quelques fautes de goût ("Thug is a Drug") mais Mos Def parvient tout de même à nous communiquer cette étincelle, cette vraie magie que seul des MC's tel que lui ou Q-Tip peuvent posséder : l'essence et l'âme de la musique afro-américaine.
PS : 4 étoiles, à mon avis, c'est la note qui lui convient ; l'album est bon, c'est un fait. Mais en tant que personne sachant les capacités du monsieur, personnellement, je ne lui donne que 3,5. Car avec un meilleur choix de productions, avec une voix plus chaude et plus vive, Mos Def pour moi est capable de faire bien mieux.