... Qu'il y ait encore des gens qui font des disques parce qu'ils ont quelque chose à dire, des émotions à transmettre et à faire partager. Et dont on a l'impression que ce ne sont pas des fonctionnaires du show-biz, qui vont au studio d'enregistrement parce que c'est dans le contrat, qu'il faut sortir un disque, faire des clips, de la promo, des concerts ...
Celui-là, Richard Hawley, il y a quelques années que son nom circule, agrémenté de rumeurs favorables ... comme tout le monde. Issu de la galaxie Pulp - Jarvis Cocker sur laquelle il n'y a pas lieu de s'extasier outre mesure, un « Cole's corner » il y a quelques années avait fait parler de lui et déjà ravi quelques (rares) fans.
Et pourtant, ce « Truelove's Gutter », il commence mal, très mal même ... Une nappe de synthé très Tangerine Dream, des gazouillis d'oiseaux pinkfloydiens de plus d'une minute d'entrée, c'est pas vraiment l'idéal. Back to the planantes seventies ? Les choses changent vite quand arrive la voix, grave, profonde, triste, sur une mélodie d'une simplicité et d'une beauté saisissantes, avec un accompagnement musical minimal...
Le second titre « Open up the door » démarre avec une voix et une mélodie qui rappellent par moments le « Forest fire » de l'oublié Lloyd Cole et ses Commotions... jusqu'à ce que se greffent section rythmique, guitare, cordes, orchestre, dans un crescendo sublime. Et là, on commence à se dire qu'on est peut-être tombé sur un grand disque, de ceux que l'on n'oublie pas de sitôt ...
Et la suite confirme, et de quelle manière ... avec toujours des nappes de synthé d'une finesse et d'une classe folles (si si, avec des synthés çà peut le faire ...) qui alimentent un fond sonore minimal, des mélodies d'une pureté pas entendues depuis des lustres (Nick Drake ?), des mille-feuilles d'instruments qui petit à petit se rajoutent quelquefois, comme si Phil Spector ou Brian Wilson étaient derrière tout ça... Il y a même deux morceaux de 10 miutes que l'on se surprend à trouver trop courts, tant il se dégage de tous les titres un feeling impressionnant.
Richard Hawley crée avec ses pop-folks un univers triste, baroque, dans lequel on se sent irrémédiablement aspiré. Bien sûr, à l'image de sa pochette, ce « Truelove's gutter », n'est pas vraiment un disque gai, mais c'est un disque digne, sans compromission mercantile (en langage décodé, on n'est pas chez Radiohead ou Coldplay, ces comptables qui font de la musique ...). « Truelove's Gutter » est la meilleure chose millésimée 2009 qu'il m'a été donné d'écouter cette année...
Conclusion, au choix : les plus désespérés sont les chants ... ou Black is beautiful.