Que Jeff Beck soit pour l'éternité LE plus grand guitariste de rock de tous les temps plus personne n'en doute.
Pour ceux qui sont choqués, rattrapons nous en ajoutant qu'Eric Clapton est LE plus grand guitariste de blues blanc de tous les temps .Mais là n'est pas la question (enfin un peu quand même...)
La question est "quand s'apercevrons nous enfin que "Truth" EST le premier disque de hard rock de toute l'histoire", et ceci avant "Led Zeppelin I". Même si James Patrick Page est meilleur tacticien, meilleur compositeur, meilleur arrangeur et meilleur producteur (il a pas de mal !) que Jeff, toutes les idées (lumineuses) des deux premiers Led Zeppelin se retrouvent ici (et dans le blues de Willie Dixon).
"Shapes of Things", cette version de "You Shook Me", "Morning Dew" et "Blues De Luxe" sont les clés de voute du hard rock naissant.
Led Zeppelin n'a fait que reprendre la même recette avec un peu plus de professionalisme mais il n'a rien inventé, tout se retrouve ICI. Et même si vous n'êtes pas d'accord avec moi (vous avez le droit... enfin je suppose) vous ne pouvez pas passez à coté de ces deux galettes, les rocks sont flamboyants : "Jailhouse Rock", "All Shook Up", les blues à tomber par terre : le merveilleux "Blues de Luxe" et un des plus beaux solo (de piano) de l'histoire signé Nicky Hopkins qui récidive sur "Girl from Mill Valley".
Et comme Rod Stewart, qui poussa ici ses premiers cris (et ses meilleurs), Ronnie Wood, nous rappellerons qu'il fut un solide bassiste avant de devenir le jumeau de Keith Richards, Nicky Hopkins impérial de bout en bout et Jeff ne sont pas des sauvages (pas trop) ils nous ont tout de même concoctés quelques perles : une reprise très belle du mélancolique "Ol Man River", et un très lyrique "Greensleeves" (autre classique de la musique traditionnelle mais anglaise cette fois ci).
On n'oubliera pas l'explosif "Beck Bolero" ou Jimmy Page et Jeff retrouvent les géniales trouvailles du temps où ils jouèrent ensemble dans les Yardbirds.
Et Jeff Beck là dedans ?
Et bien Jeff Beck il est très bon, très très bon même... vous prenez tous ses chorus en pleine figure, même avec le temps, les deux albums datent de 1969 et 1970, il y a encore tant de nouveautés dans son jeu, d'anti conformisme, d'humour, d'audace que pas un soli n'a vieilli.
Il y a dans cette poignée de pépites tout ce qui fera la légende de Jeff Beck, de "Rough and Ready" à "Wired" : ses dérapages (in) contrôlés, ses glissés malicieux, ses larsens explosifs, cette vitesse d'exécution, des accords frappés comme une gifle, cette vista, cette insolence et cette classe qui influencera Ritchie Blackmore et Ted Nugent, Donald Roeser et Edward Van Halen, Georges Lynch et Gary Moore mais aussi Mike Stern et Pat Metheny, Larry Coryell et Alan Holdsworth car voyez vous quand on est guitariste et que l'on a entendu UNE FOIS Jeff Beck, on a tellement envie de faire comme lui.
Et comme disait Keith Richards (encore lui) "c'est là que les ennuis commencent"... eh oui tout le monde ne peut pas inventer le hard rock.