Pierre angulaire de l'histoire du hard-rock, Truth est le premier bébé du Jeff Beck Group. Autour du berceau, Jeff Beck, qui a laissé les clés du camion (poussif) nommé Yardbirds à Jimmy Page (à charge pour lui de tenter de le redémarrer), quelques géniteurs connus comme Rod Stewart (chanteur),Ron Wood (basse), un père qu'on pourrait croire inconnu, mais qui a fait pas mal de belles boutiques avant, Micky Waller, et quatre parrains, venus pour la circonstance, offrir leur jeu de basse et de claviers (comme John Paul Jones), leur talent de batteur (Keith Moon), de pianiste (Nicky Hopkins) ou faire l'appoint à la rythmique (Jimmy Page). Enfant métissé blues-rock, Truth pousse ses premiers hurlements en août 1968. Chassez le naturel, il revient au galop... C'est par un titre repris au répertoire des Yardbirds que l'éveil se fait. Shapes Of Things est plutôt musclé, la voix de Stewart puissante est bien plus intéressante que celle de Relf, en 1966. Le sidérant Let Me Love You, son suivant, révèle que le blues peut être joué différemment, plus puissamment encore que ce qui se fait. Il revisite le répertoire de Buddy Guy sous le nom de Jeffrey Rod (les noms de Jeff Beck et Rod Stewart sont contractés). Deux autres originaux sont issus de la collaboration entre le guitariste et le chanteur : Blues Deluxe, lourd et féroce, joué à la tronçonneuse par des rockeurs plus que par des bluesmen, et, plus classique, Rock My Plimsoul. Stewart au chant rajoute à cette vigueur hors norme. Seuls deux titres échappent à son interprétation vocale remarquée : le planant Beck's Bolero (avec Page, Paul Jones et Moon) et l'instrumental délectable, qu'est la ballade traditionnelle Greensleeves. Le sublime I Ain't Superstitious de clôture et You Shook Me (Led Zep en a fait une version plus croustillante et plus étendue) sont des reprises de Willie Dixon. Restent Morning Drew et Ol' Man River. Le premier nommé est un champ d'expérimentation pour Beck qui profite de cette reprise de l'auteur-compositeur et interprète canadienne, Bonnie Dobson, pour jouer avec les effets de pédales et y introduire un final original au son de la cornemuse. Ol' Man River (avec Paul Jones à l'orgue) a un côté quelque peu bizarre. Lien entre Cream et Led Zeppelin, cet album bluesy dans l'esprit mais rock dans son exécution, boxe dans la catégorie des meilleurs. On peut lui préférer Ola (Voir par ailleurs) qui ira encore plus loin (et qui fait que l'on a tendance à oublier Truth), mais le premier né de la famille Jeff Beck Group a ce côté cradingue que j'aime.