Pour savoir comment d'informelles séances de studio peuvent se transformer en un des albums les plus jubilatoires des années 90, il suffit d'écouter le premier témoignage discographique de Sheryl Crow, fille spirituelle de Joni Mitchell et des Stones. Vocaliste expressive, on savait qu'elle l'était depuis que la jeune artiste donnait de la voix pour le compte d'Eric Clapton, de Rod Stewart ou de Michael Jackson. Grâce à
Tuesday Night Music Club, enregistré avec des requins de studio de Los Angeles, la belle Sheryl révélait cette fois d'authentiques talents d'auteur compositrice, comme en témoignent les hits "Leaving Las Vegas" et "All I Wanna Do".
--Philippe Margotin
C’était bien avant sa séparation d’avec le champion cycliste Lance Armstrong, et le diagnostic de son cancer du sein. Mais c’était, tout compte fait, dans l’élan d’une carrière naissante, qui menait alors la fille du Missouri, des chorégraphies pour majorette, à l’enseignement de la musique, puis au rôle d’utilité, en tant que choriste, pour le compte de Rod Stewart ou Michael Jackson.
C’était, surtout, l’époque, finalement heureuse, où la chanteuse et guitariste, de concerts dans des petits clubs de province en animations rurales, pouvait lâcher la bride à ses amours et influences (grosso modo, de Bob Dylan à Fleetwood Mac, en passant par Bessie Smith).
Tuesday… (en souvenir de ces concerts de milieu de semaine, où les tenanciers sont bien contents de trouver un artiste acceptant de chanter devant une maigre assistance), se nourrit de tout cela. Et revient de loin, car la première mouture du disque, bien loin de laisser débouler joyeusement cette Americana, ne proposait qu’un rock formaté, poli, et policé. Et finalement refusé par Crow.
Écrit à quatre mains avec le producteur Bill Bottrell (qui avait secondé Michael Jackson lorsque ce dernier s’était attaqué au
« Come Together » des Beatles) la version définitive (et celle connue) est en effet empreinte de la nostalgie d’une innocence enfuie, et riche de quelques considérations sans illusions sur l’amour, les hommes, et l’amour des hommes. Elle permet également, et ce n’est pas là sa moindre vertu, à une je une chanteuse inconnue d’imposer, dès son coup d’essai, sa personnalité, et sa sensibilité.
Un disque rare, qui offre le spectacle, sans doute authentique, de copains rassemblés le mardi soir dans une triste banlieue. Il y a là le guitariste David Baerwald et le bassiste David Ricketts (chacun moitié de l’éphémère duo David & David), Dan Schwartz, maître de la guitare picking, et quelques autres. Ils plaisantent, boivent de la bière, et font de la musique. Bonne initiative, puisque le résultat sont ces onze chansons enracinées, lettrées (
« Leaving Las Vegas ») ou, plus simplement, proches de l’os, et qui feront plus que simplement rencontrer leur public :
Tuesday Night Music Club, sept fois certifié disque de platine, atteindra la troisième position des charts américains.
« All I Wanna Do » (2ème des classements de sa catégorie),
« Leaving Las Vegas » (60ème),
« Strong Enough » (5ème), et
« Can’t Cry Anymore » (36ème) en seront les valeureux singles. Et Sheryl Crow, sacrée meilleure chanteuse pop, et meilleure nouvelle artiste de 1994, se verra de plus honorée des Grammy Awards de la chanson, et de la performance de l’année, pour
« All I Wanna Do ».
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story