On a peine à croire que ce roman de Fajardie date de 1977 tant, par la brièveté coupante de sa prose, la modernité de ses personnages et la pertinence de son intrigue, il est aujourd'hui plus que jamais d'actualité.
C'est un livre qui vous prend par la peau du cou et vous entraîne à toute bringue dans une histoire pleine de sang et de fureur, sans jamais vous laisser le temps de respirer en cours de route.
C'est aussi la première apparition du commissaire Padovani, l'anti-Maigret par excellence, à la fois physiquement et intellectuellement, un flic de gauche bourru dehors mais tendre à l'intérieur, sorte d'Inspecteur Harry à la française qui aurait simplement oublié d'être réac.
C'est enfin et surtout l'émergence d'une sensibilité à fleur de peau qui allait être par la suite le fil directeur de toute l'oeuvre fajardienne, parcourant aussi bien ses romans, qu'ils soient noirs, sociaux ou historiques, que ses nouvelles, lesquelles se comptent, faut-il le rappeler, par centaines.
C'est d'ailleurs cette sensibilité qui différencie Fajardie de Manchette, son grand rival néo-polareux. Manchette, c'est le béhaviorisme, l'absence d'émotion, la narration brute ou au contraire hyper-référentielle, ce qui aboutit dans les deux cas au même effet: la distanciation.
Fajardie, lui, refuse de se distancier, de rester un narrateur froid et lointain planant tel un démiurge flaubertien au-dessus du monde terrible qu'il décrit. Ce monde, le nôtre, il est en plein dedans, jusqu'au cou, et c'est un monde qui l'écoeure, le révolte, lui file la nausée, c'est un monde qu'il ne peut et ne veut supporter, c'est un monde immonde qu'il cherche à dynamiter avec des mots en guise de bombes.
Fajardie, au fond, est un grand humaniste et « Tueurs de flics », en dépit de son titre agressif, est un roman foncièrement humain.