En 1993 sort le deuxième album de My Dying Bride, son œuvre maîtresse. La perfection de ce disque vient du traitement de son thème, tout en nuances. La douleur et le désespoir ne sont plus immédiatement au centre de l’album. Il faut parler ici de tension, d’un rayonnement à partir d’un centre : la solitude. La solitude, c’est celle de l’homme dans un monde dépourvu de transcendance, où tout appel au divin est voué à l’échec (
« Your River ») ; c’est aussi celle de l’homme à la marge de ses semblables, soit après un amour destructeur (
« Sear Me MCMXCIII »), soit liée à l’absence de
sym-pathie (étymologiquement : souffrir avec) dans le monde. De ce centre, l’album oscille entre l’inclination au désespoir, marquée par une instrumentation lourde, une atmosphère pesante, et une sorte de fuite dans la mélancolie et la nostalgie qui élèvent la douleur à la volupté. L’album s’achève par un dialogue avec un chant féminin – peut-être fantasmé – menant jusque dans un paradis rêvé. My Dying Bride réussit à traduire cette tension émotionnelle par une mise en scène instrumentale fine, jouant sur l’évolution des thèmes à l’intérieur d’un même morceau (à l’image de
« Your River »), donnant à sa musique une dimension presque progressive. Il y a aussi le contraste entre les instruments : notamment, de façon récurrente, entre une guitare pesante et grave, et la présence d’un violon aux sonorités claires et parfois presque diaphanes. Le violon allège les mélodies, faisant respirer la phrase musicale, tandis que la guitare semble toujours menaçante, indice d’un désespoir toujours prêt à assaillir.
En outre, My Dying Bride met en place ce qui apparaît comme un de ses signes distinctifs : l’usage intensif du synthé et du piano - ce qui en fait aussi, et peut-être avant tout un groupe gothique. Ces éléments participent à une ornementation donnant aux émotions exprimées un caractère solennel parfois monumental, à l’image du titre d’ouverture. Avec
Turn Loose The Swans, le groupe de Halifax produit ce qui demeure sans doute son meilleur disque. Cela vient du fait qu'il a su apprivoiser son thème de référence, misant moins sur les paroles que sur une mise en musique élaborée.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story