Il serait facile de réduire le travail de Billy Joel à quelques tubes mondiaux. Il serait facile de l'enfermer dans la bulle des Elton John, Jackson Browne et autres Boz Scaggs et, si il est vrai que la musique de Mr. Joel est fondamentalement américaine, elle sait receler de surprises que celle de ses condisciples effleurent à peine.
Ainsi, sur ce Turnstiles de 1976 - 4ème album de Billy et celui du retour vers ses racines New Yorkaises, retrouve-t-on pêle-mêle du rock progressif, du calypso, de jazz, de la pop, de la soul et du rock. Assez impressionnant et aussi éloigné que possible du rock-MTVisé de Uptown Girl ou des ballades marshmallow à la Honesty (pas qu'il y ait quoique ce soit de mal avec une ou l'autre chanson, notez bien).
Force est de constater que c'est quand il se met relativement en danger que Billy Joel atteint ses sommets et comme c'est justement sur ce Turnstiles qu'il essaye le plus de choses on tient, en toute logique, l'album le plus intéressant de toute sa discographie. De Say Goodbye to Hollywood (qui en toute logique, suivant les malheureuses expériences de son auteur sur la West Coast, ouvre l'album) à Miami 2017 (affreusement massacré quelques années plus tard par le bellâtre Richard Marx) qui le clôt, c'est 35 trop courtes minutes d'état de grâce qui nous sont ici offertes. Souvent douce-amère, la musique de Mr. Joel navigue librement dans tous les styles qu'il adopte tout en gardant, toujours - marque des artistes à identité forte -, une approche qui n'appartient qu'à son auteur. Si on imagine volontiers que les performances de Frank Sinatra n'étaient pas très éloignées de l'esprit de Billy quand il composât New York State of Mind ou qu'un Yes ou un Genesis n'ont pas été totalement étrangers au développement de la partie instrumentale d'Angry Young Man, c'est bel et bien Joel qui définit cette musique par sa voix inimitable et son immense talent de songwriter. Il est d'ailleurs assez bluffant de voir avec quelle facilité il s'adapte à tout et l'accommode si facilement à sa sauce.
En résumé, nous avons donc ici un album admirablement varié d'un artiste trop souvent perçu comme un simple pop singer mais qui - sur cet album et quelques autres - prouve qu'il va bien au-delà ce cette hâtive définition et s'affirme, en définitive, tout simplement comme l'un des plus grands compositeurs que les Amériques nous ont offertes depuis l'avènement de l'industrie discographie triomphante. Turnstiles est un trésor, ne laissez personne vous dire le contraire.