Après avoir beaucoup apprécié et même été très impressionné par la lecture de très haute volée de
Le Totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties d'Alexandre Del Valle, ouvrage extrêmement documenté et véritablement brillant, j'avais enchaîné en 2004 avec la lecture de cet autre "pavé" (dans la mare), cette fois relatif à la Turquie.
Je l'avais alors trouvé très pessimiste et souhaitais plutôt me ranger du côté de ceux pour qui la Turquie constituait un réel espoir, malgré tous ses défauts.
Mais après les événements récents (notamment histoire de la flotille "humanitaire" vers Gaza), je me trouve aujourd'hui très déçu par l'attitude de la Turquie et tous mes espoirs semblent partir en fumée.
D'où l'utilité de ressortir ce livre et de m'y référer, car c'est un ouvrage de nouveau de grande qualité.
Brillant auteur qu'Alexandre Del Valle, qui nous dresse ici un portrait très réaliste de la Turquie contemporaine, puisant ses sources dans l'Histoire, pour en analyser les évolutions religieuses, politiques, démographiques, économiques et en dégager surtout les implications géopolitiques. D'où la question des rapports avec l'Europe et le monde musulman et les doutes de l'auteur quant à l'opportunité d'intégrer la Turquie à l'Union européenne, se prononçant en revanche plutôt pour la plus raisonnable conservation du statut amical d'association privilégiée avec celle-ci.
De son point de vue, la Russie est par exemple bien plus européenne que la Turquie. Et le danger, ici, tel qu'il le suggère bien dans le titre est que la Turquie soit une porte ouverte aux pays islamiques et un "cheval de Troie islamiste", source de déstabilisation profonde de nos économies et plus fondamentalement de nos sociétés.
Hélas, depuis 2004, il semble que nombre d'événements aient milité dans le sens des arguments défendus par l'auteur. Et on ne pourra, en effet, faire l'économie d'un débat approfondi sur la question turque.
Rien que le chapitre intitulé "les raisons de refuser la Turquie dans l'Union européenne" mérite lecture pour s'en convaincre.
Et ce modèle kémaliste au sujet duquel on se pose actuellement des questions, n'aura de meilleure garantie de survie, selon l'auteur, que si la Turquie reste en dehors de l'Europe.
Un ouvrage à confronter, naturellement, avec d'autres points de vue ou à prolonger par d'autres lectures sur le sujet. Mais un grand livre, propice à la réflexion et très approfondi.