Ce film faisant suite à la série (même s'il en est un prequel, c'est à dire un retour avant commencement), il est fortement conseillé d'avoir pu la visionner avant de s'attaquer à "fire walk with me". Un fois l'univers de twin peaks connu, on peut alors se perdre dans les tréfonds de ce film magistral qui nous plonge, 2h15 durant, dans les dernières heures de Laura palmer, pour laquelle Lynch parvient à suggérer une profonde compassion. La réalisation est plus qu'impeccable, elle est l'élément moteur de la réussite du film : le rythme, les prises de vue, les enchainements, tout cela engendre un fort sentiment de réalisme, encore souligné par quelques moments d'angoisse purs (incomparables, ces surgissements de l'horreur resteront gravés dans votre esprit, particulièrement la scène où Laura surprend Bob dans sa chambre...) ; a côté de ce réalisme, lynch introduit les éléments surréalistes et fantasmagoriques qui lui sont caractéristiques (ceux qui ont vu mulholland drive comprendront à quoi je fais allusion) et qui donnent toute sa dimension au film, parfaite nourriture de l'âme, tant consciente qu'inconsciente.
enfin, il faut préciser que ce film n'est pas à mettre entre toutes les mains, non pas en raison d'images insoutenables ou d'une violence latente, mais plutôt à cause de la vision de Lynch du monde, qui en restitue parfaitement l'étrangeté, la subjectivité, l'incertitude et la noirceur : ce qui explique les nombreuses critiques dont le film fut l'objet, taxé d'illogique, de sombre, de surfait. Il est même rassurant que le film soit ainsi perçu, car on imagine mal sa grand mère ou sa petite soeur adhérer aux délires morbides (mais pourtant terriblement optimistes par moments) de maître lynch : pourtant rarement un film (surtout au cours de ces 20 dernières années) n'aura su toucher l'humain aussi profondément dans ses ambivalences et son rapport absurde au monde.