Il s'agit donc d'un roman à trois voix : celle de Madison, enfermée dans sa cave et qui se confie à ses cahiers parce qu'elle a bien compris qu'écrire, "c'est sauver sa vie", celle de sa mère, enfermée dans sa douleur, et qui écrit à sa fille pour la garder en vie, et celle de Stanislas, l'étudiant en Lettres qui donnait des cours de tennis à Madison et qui raconte son éducation sentimentale. C'est à mon avis le point faible du roman : sa narration est souvent la plus languissante, pleurnicharde, auto-centrée, comme si l'auteur lui avait déléguée la partie "sentimentale" de l'histoire.
Par contraste, les récits de la mère et de la fille ont une vraie force, voire une puissance, dans l'émotion comme dans la volonté. Delphine BERTHOLON réussit avec beaucoup de délicatesse à dépeindre les rapports ambigus entre Madison et son geôlier, la culpabilité de la mère à continuer de vivre, tout simplement, le regard des autres... On sourit beaucoup - paradoxalement - dans ce roman ! Madison fait preuve d'une force de caractère(son "carafon" comme dit sa mère - c'est drôle, la mienne avait la même expression...), d'une maturité, d'une auto-dérision et d'un sens de l'humour (politesse du désespoir ?) à tout épreuve. De son côté, sa mère, contre vents et marées, s'efforce de vivre et de continuer à croire que tout est possible, "La lampe du couloir reste toujours allumée, la porte de derrière reste toujours ouverte".