Film à guetter, à voir et à revoir. En version originale de préférence... L'ai revu la semaine dernière au cinéma. C'est beau, c'est tendre, ça ne tombe pas dans la sensiblerie idiote et encore moins dans les clichés. Ce n'est pas non plus une comédie romantique. Mais un drame familial comme on en voit rarement, librement inspiré d'une nouvelle de
Dostoievski (les nuits blanches). Le réalisateur filme et ne juge pas ses personnages. Il les laisse évoluer, s'envoler, s'échouer, se relever.
Joaquim Phoenix dont c'est le dernier rôle - son plus beau rôle, à mon avis - est carrément bouleversant!
Il joue le rôle de Leonard Kraditor, jeune homme dépressif souffrant de la maladie de "
Tay-Sachs" (quand une personne a cette maladie génétique rare, on dit qu'elle est bipolaire, voir notes ci-dessous). Ses parents (interprétés par Isabella Rossellini et Moni Moshonov) sont issus de la communauté juive ashkénaze. On a peut-être, là, le parfait exemple de ce que devrait être l'attitude parentale face à la maladie d'un enfant (amour, patience, confiance, attention, empathie). C'est au cours d'un repas chez ses parents que Leonard fait la connaissance de Sandra, elle aussi juive (
Vinessa Shaw qu'on avait aperçu dans le dernier film de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut...). Il ne tarde pas à se fiancer avec elle. Mais entre temps, lors d'une rencontre de circonstance dans les escaliers de son immeuble, il rencontre une blonde très "barrée", Michelle (
Gwyneth Paltrow), dont il tombe éperdument amoureux... Je ne raconterai pas la suite, mais ce film est d'une sensibilité étonnante. La B.O. est fabuleuse (elle reprend entre autre le théme de "Mr Lucky goes latin", avec le fameux "Lujon", composition de toute beauté créee par le grand
Henri Mancini).
Plusieurs réflexions viennent se greffer autour de ce fleuron du septième art: sur le destin et nos choix, entre passion et raison, sur la maladie et nos responsabilités, sur l'amour et la famille... La fin du film, inattendue, nous laisse interrogateurs. Peut-on vraiment choisir ? Quelle dose d'humilité, de renoncement (ou de "lâcheté", diront certains) faut-il à Leonard pour continuer à vivre? Ce long métrage de près de deux heures me semble poser les bonnes questions. Là où ça fait mal... Loin des archétypes hollywoodiens, "Two Lovers" est l'un des grands films de l'année 2008. Et j'attends avec impatience de le revoir. Les durs à cuir, les amoureux de violence gratuite, brefs ceux qui sont encore un peu jeunes dans leur tête ne supporteront peut-être pas ce film qui parle de la nature humaine et de ses faiblesses...
Enfin, un mot sur le réalisateur: James Gray dont j'ai vu les trois films précédents ("Little Odessa", "The Yards" et "We Own The Night") me paraît plus que jamais prêt pour rentrer dans la cour des grands cinéastes "made in USA" (Martin Scorsese, Clint Eastwood, Woody Allen, David Lynch, Abel Ferrara, Jim Jarmusch...). Je crois que l'on tient là un "vrai" réalisateur dans le sens noble du terme (sens de la mise en scène, du montage et de la photographie). Ce mélodrame, que n'aurait pas renié un
Douglas Sirk, laisse augurer du meilleur pour l'avenir. Du moins, je l'espère. C'est aussi une rupture avec ses films précédents qui traitaient davantage de la pègre et de la criminalité. On retrouve néanmoins ses thèmes de prédilection : la famille et la rédemption.
PS: Dans le dvd distribué par Wild Side Video : langues anglais et français. Sous titres français uniquement. Bonus : la bande annonce, et deux interviews de James Gray, relativement intéressantes (l'une sur son parcours personnel ainsi que ses influences "retour aux sources", l'autre autour du film).