A priori, l'idée est saugrenue quoique fort sympathique. Réunir un guitariste-chanteur de country & western (et de blues à l'occasion) avec une icône du jazz moderne pouvait conduire à n'importe quoi. Mais à une époque ou les solistes du jazz ont bien du mal à trouver quelque chose de neuf qui peut encore surprendre les mélomanes, la solution réside parfois dans la combinaison inattendue de sons ou de styles fort différents. Et il faut dire que la rencontre opérée les 12 et 13 janvier 2007au Jazz Lincoln Center de New-York est une belle réussite. Maintenant, est-ce un disque de jazz, de blues ou de country ? Rien de tout ça. L'autre jour, j'entendais sur le pont Charles de Prague un orchestre d'amateurs interpréter avec une joie communicative et toute personnelle My Bucket's Got A Hole In It. Impossible de ne pas s'arrêter et d'applaudir la performance de ces vétérans sur leurs antiques instruments. C'est un peu la même impression d'allégresse que l'on ressent à l'écoute de ce titre et des autres standards inusables exhumés pour l'occasion : Bright Lights Big City, Basin Street Blues, Caldonia, Stardust, Georgia On My Mind et autres Ain't Nobody's Business sont des aires de jeu fertiles pour les deux artistes : d'un côté le chanteur texan et son attitude laid-back de vieux cow-boy buriné à la voix de baryton et de l'autre, le trompettiste louisianais super doué, héritier et conservateur du jazz depuis son invention au début du siècle, qui poursuit l'exploration des innombrables racines de la musique populaire américaine. Ca balance naturellement et sans prétention : on est là pour le fun et le terrain d'entente est bien balisé. Accompagnés par le saxophoniste Walter Blanding, le pianiste Dan Nimmer, le bassiste Carlos Henriquez, Ali Jackson à la batterie (en fait les membres du quintet de Marsalis) et Mickey Raphael à l'harmonica, les deux compères délivrent une prestation joviale qui met de bonne humeur. On pense à Louis Armstrong (qui entre parenthèses entegistra en 1930 avec le père de la country, Jimmy Rodgers), au Preservation Hall Jazz Band, à René Netto et aux orchestres de jazz-blues traditionnels de la Nouvelle Orléans. Si l'on en croit le Net, Two Men With The Blues est d'ores et déjà un grand succès populaire et, ma foi, c'est bien mérité.