On se dit qu'on sait tout sur le blues. On croit tout savoir. Et l'on se trompe ; soit que l'on veut n'y entendre que des loups solitaires cabossés par la vie hurler à la mort en grattant des guitares n'en pouvant mais, soit l'on s'endort l'âme des oreilles à coup d'ersatz repêchés au-delà du septième cercle de l'Enfer du Marché du Disque.
Et puis il y a Bobby "Blue" Bland, "deux pas au delà du blues", joignant le geste à la parole sur cette superbe pochette (les pochettes de CDs réussies étant suffisamment rares, saluons les quand elles se présentent), camaïeu de bleu et de sable, gravissant hiératique les deux marches l'élevant au dessus de la mêlée, à l'aube des années soixante. Sa recette ? Son truc ? Son mojo ? Simple, très simple. Il chante. Trop facile ? Trop simple ? Encore fallait-il y penser ; Bobby, ni ne beugle ni ne geint ni ne gémit ni ne hulule ni ne glousse. Il chante. Superbement, donne le ton, juste, module avec élégance, enrobe avec chaleur et sans emphase les mots, posant ceux-ci sur l'architecture sophistiquée des phrases de l'orchestre, celui de Joe Scott, fin styliste et arrangeur talentueux. Les mélodies impeccables, les accroches orchestrales font le reste.
Du blues dans un gant de velours. C'est sur ce disque. Splendide.