Sorti en 1973, ce disque court (37 minutes) et puissant est le second du groupe Blue Öyster Cult, et incontestablement un des plus emblématiques albums de heavy metal de l'histoire. Car oui, si ce disque ne date que de 1973 (la Préhistoire pour les metalleux de maintenant, qui risqueraient fort de ne pas écouter ce disque à cause de son ancienneté - ils savent pas ce qu'ils ratent), c'est bel et bien du heavy metal qu'il contient.
Tyranny And Mutation, avec sa pochette my(s)thique peinte par Gawlik (comme celle du premier album, déjà abordé ici), contient 8 titres, et est, dans sa structure, assez particulier : les deux faces portent chacune un nom, 'The Black' (pour la première) ou 'The Red' (l'autre, forcément). Si la première face est irrémédiablement lourde, heavy par excellence, la seconde est nettement plus apaisée, et même quasiment folk (ça reste électrique, bien entendu). La seconde face, plus courte que la première (17 minutes environ comparé aux 21/22 minutes de la première), n'en est pas moins tout aussi belle, même si le titre le moins accrocheur du disque s'y trouve (Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl) est pas mal, mais sans doute trop long, 5 minutes poutant).
L'album aligne, surtout sur la face 'noire', une succession de classiques absolus : The Red & The Black (ni plus ni moins qu'une reprise heavy du I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep de l'album précédent, en fait), O.D.'d On Life Itself, Hot Rails To Hell (un des deux titres de l'album à être chantés par le bassiste Joe Bouchard), et les démoniaques sept minutes de 7 Screaming Diz-Busters (la coda imparable Lucifer the light...Lucifer the light...).
La seconde face, la 'rouge', est donc radicalement opposée. Elle démarre par le premier titre du groupe à avoir été composé par Patti Smith (alors rock-critic et poétesse rock, pas encore lancée dans sa carrière solo - son premier disque, Horses, date de 1975 - , Patti a toujours été une amie du groupe, et a même flirté un temps avec le claviériste/guitariste rythmique Allen Lanier), Baby Ice Dog, titre court (à peine 3 minutes, le plus court du disque) et extrèmement plaisant, à propos d'une jeune femme intenable, vraie chienne incontrôlable qu'il faudrait presque tenir en laisse...Le titre suivant est le second à être chanté par Joe Bouchard (au fait, tous les autres sont chantés par le Claviériste/guitariste rythmique et chanteur principal Eric Bloom), Wings Wetted Down, sans doute mon petit chouchou du skeud, un morceau imparable, rythmique lente et lourde, mais totalement opposée au style heavy. On jurerait entendre du Copperhead (voir le premier article de mon blog), en tout cas, pas du hard rock. Probablement le titre sur lequel Joe Bouchard chante le mieux (avec Morning Final de l'album Agents Of Fortune de 1976). Le titre qui suit (Teen Archer) peut sembler assez décevant, car très simple et répétitif, par il n'en est pas moins assez réussi dans son ensemble, et enjoué. Puis viennent les 5 minutes de Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl), morceau assez plombant malgré une intro et une conclusion ma foi très réussies. Mais c'est en son milieu (et dans les refrains, irritants) que ça pêche pas mal. Le tout donne un titre qui ressemble, dans son ambiance, aux deux derniers titres de l'album précédent, orientés SF/Fantasy à la Michael Moorcock (Workshop Of The Telescopes, Redeemed) sans atteindre leur degré d'excellence. Le titre, comme je l'ai dit plus haut, le moins bon de l'album. Il n'en est pas moins intéressant, mais à coté de 7 Screaming Diz-Busters ou de Wings Wetted Down, ça coince.
Le disque n'est pas facile d'accès, comme l'est le précédent. Il est même plus difficile d'accès que le précédent. Assez sombre, virulent, apocalyptique, technocratique, angoissant (sa pochette, culte et mystique, ne le rend pas plus accessible, bien entendu), Tyranny And Mutation est le sommet de Blue Öyster Cult, c'est indéniable. Dès les premières secondes du premier titre, on est plongé dans un magma sonique violent et brutal, totalement heavy, une fulgurance ininterrompue (du moins pour la première face - ce coté 'deux faces/deux couleurs/deux visions' rend le disque encore plus mythique et intéressant) qui vous laisse sur le cul, littéralement. It's alright, it's alright, it's alright, chantent les BÖC dans le refrain de The Red & The Black, et bon Dieu, oui, c'est vraiment alright !!
A noter le petit texte présent sur l'insert de l'album (et dans le livret de la réédition CD qui propose des bonus tracks intéressants et live - notamment une version live de 14 minutes de 7 Screaming Diz-Busters !) :
"Seepage from deep, black, brittle experiments which failed and transformations too hard to find. "I was overcome and turned to red". Duster's dust became the sale. Lucifer the Light. A restless motion came to move and then subside. In endless knocking at the door - it's time. Tyranny & Mutation. Tyranny & Mutation."
Entre autres, ça parle de 'poudre de poussière en vente libre', et de 'Lucifer est la Lumière'. On peut considérer ça comme totalement idiot, mais en tout cas, on ne peut pas dire qu'avec cet album, Blue Öyster Cult ne nous a pas prévenus : le hard rock n'est pas une affaire divine. Tyranny And Mutation est incontestablement un album démoniaque, dans le sens le plus propre du terme ! Pas un disque dangereux, bien sûr, mais un disque sombre et torturé. En tout cas, un disque à posséder !