Des six albums publiés par Shadow Gallery entre 1992 et 2009, Tyranny est sans conteste le meilleur.
Chantre du métal progressif avec un "truc" en plus, le groupe offre avec cet opus son Operation Mindcrime à lui, son chef d'oeuvre.
Décomposé en deux actes, eux-mêmes subdivisés en sept titres chacun, cet album concept de 74 minutes au compteur traite de la tyrannie (naaan ?!!) et de la guerre, à l'instar par exemple de Ultima Ratio de Superior, ou de Dead Winter Dead de Savatage.
Savamment distillé par ses six besogneux ouvriers, le disque met non seulement en valeur le chant rare de Mike Baker (mort en 2008), la guitare de Gary Wehrkamp et ses soli vertigineux (mais pas démonstratifs), mais fait également appel à d'autres sonorités moins fréquentes dans le métal, et qui enrichissent grandement l'ensemble, comme la flute (Carl Cadden-James, qui tient aussi la basse). Chris Ingles, aux clavier, joue également un rôle primordial avec ses savantes ambiances omni-présentes, que ce soit sous forme d'un simple piano/voix avec Baker (sur le sublime et épuré Broken) ou d'ambiance inquiétantes (I Believe). Brendt Allman (guitare) vient renforcer l'édifice, et Joe Nevolo (frâichement arrivé) dresse une trame solide à la batterie. Wehrkamp complète l'élaboration des atmosphères avec lui aussi une incursion aux claviers.
Avec une telle équipe au niveau technique très élevé, comment ne pas vaincre ?
Tyranny évolue entre mid-tempi et up-tempi (pas furieux, mais plutôt bouleversants) sertis de mélodies imparables qui resteront gravées entre vos synapses pendant longtemps (Road Of Thunder et son refrain en montagnes russes, sur lequel la maestria du combo est à son apogée).
Structuré intelligemment entre titres épiques (jusqu'à huit minutes) et morceaux à fleur de peau, l'opus a du relief et évite ainsi l'ennui, qui peut guetter l'auditeur lorsqu'une heure et quart de prog mélodique lui est asséné avec une telle densité. Pourtant, l'oeuvre n'est absolument pas rébarbative et ne tombe pas dans le piège de la surrenchère technique et autres descentes de manche inutiles, bien au contraire. Les arrangements sont le fait de grands musiciens, indéniablement, tout en subtilité, y compris jusque dans les choeurs (Hope For Us ?).
James Labrie et DC Cooper viennent même pousser la chansonnette en voisins... que demander de mieux ?
Un disque assurément plus inspiré, homogène et cohérent que Carved In Stone, le prédecesseur (et au son meilleur) et que Legacy, son successeur.
S'il ne devait en rester qu'un...