Par réaction au précédent, plus poli que Polly ? Ou après avoir goûté aux travaux plus roots et improvisés des Desert Sessions ? En tout cas, album fait maison, presque bricolé, ou seul Rob Ellis reste fidèle à la batterie et aux percussions. Album de transition aussi, telle la galerie de portraits figurant sur le livret, comme si Polly jetait un regard en arrière et concluait une histoire qui est arrivé au bout. L'inspiration, avec sa guitare, à atteint ses limites, suffit de voir les médiocres "Who the Fuck" ou "Cat on the Wall" qui n'arrivent pas à la cheville de ce qu'elle a déjà fait. De même les plus folk "Pocket Knife" et "No Child of Mine", anecdotiques. Mais le moins bon côtoie aussi le meilleurs, souvent des titres assez lents, d'une façon étrange, d'où sentiment d'hétérogénéité totale. Impressionnante ouverture, "The Life and Death of Mr. Badmouth", sur un riff granuleux, où Polly règle ses comptes à son ancien amant, bileux et amère, mais aussi élégant et puissant. "Shame", où le mélodica accompagne une ligne de guitare lo-fi, chant de Polly très en avant, magnifique, là encore, ça sent la salle rupture. Inspiré par les gros riffs ultra-gras et sourds du désert-rock peut-être celui de "It's You", accompagnés d'un piano, superbe complainte comme à la grande époque. Comme celui de "The Letter", litanie érotico-épistolaire où résonnent et se répondent des vocaux féminins et masculins (de Head, son producteur de longue date). Polly use de claviers minimalistes, "The Slow Drug" où sa voix doublée couvre un souffle de magnétophone, sensuel et enivrant; "You Come Through" là aussi rythmé par l'électronique, avec accompagnement de cordes. Une certaine mélancolie se dégage, sentiment nouveau, comme sur l'instrumental "The End" qui porte bien son nom, juste sa guitare et son mélodica. Juste après, dans un dépouillement total, "The Desperate Kingdom of Love", tel une vieille complainte folk ou country, seule avec sa guitare, frissonnant; on n'y entend derrière qu'un son de mouettes, plus de musique. Et de finir loin de l'apaisement épanoui de l'album précédent, "The Darker Days of Me & Him", calme et atmosphérique dans la forme, mais duquel se dégage une vraie tristesse, comme la fin d'une histoire. Une harpe s'y fait entendre...