Si le film Into The Wild nous a ébloui, ce n'est pas uniquement pour ce magnifique hymne à la liberté porté à l'écran par Emile Hirsch ou bien pour l'esthétique de ses images, mais en partie également pour sa bande originale composée par Eddie Vedder, le chanteur du groupe de rock Pearl Jam, qui a également contribué à l'atmosphère du long-métrage de Sean Penn. On découvrait alors Vedder dans un registre folk-country aux antipodes du son du groupe de Seattle et bien loin de nous déplaire. Aujourd'hui, le chanteur sort Ukulele Songs, un deuxième album solo dans la même mouvance que son précédent essai et qui comme son nom l'indique, a été (presque) entièrement composé au ukulélé.
Si ce choix peut paraitre osé ou surprenant, il est pourtant loin d'être anodin. En effet, Eddie Vedder a découvert ce petit instrument à quatre cordes lors d'un voyage à Hawaii dans les années 90 et le ukulélé est devenu par la suite pour le chanteur un précieux compagnon de voyage et un outil de composition. Ce nouvel album apparait naturellement comme un extraordinaire voyage introspectif, simple et délicat.
La majorité des 16 compositions que recueille Ukulele Songs sont des ballades romantiques dédicacées à sa femme et à ses deux filles, bien que le titre d'entrée, Can't Keep, ne rend pas vraiment compte de l'affection qu'il porte à sa famille. Il s'agit en fait d'une reprise de Pearl Jam parue en 2002 sur l'album Riot Act interprétée ici de manière très énergique et implacable pour un résultat plutôt atypique par rapport au reste du disque. En effet, à partir du titre suivant, Sleeping With Myself, on rentre dans des sonorités plus calmes et plus douces. La voix de Vedder, mariée au son harmonieux du ukulélé, prend ici toute sa valeur et est définitivement appréciable dans ce registre folk qui lui colle merveilleusement.
Bien qu'aucune chanson ne se détache véritablement du reste, on retiendra néanmoins quelques moments forts dans ce disque tels que le sublime More Than You Know semblant sorti d'un vieux film en noir et blanc, le planant Satellite dans lequel Vedder semble se répondre à lui-même dans ses harmonies ou encore le single Longing to Belong où l'accompagnement par Chris Worswick au violoncelle ajoute une douce mélancolie rappelant un peu Damien Rice. On peut noter également les magnifiques collaborations avec Glen Hansard sur le plaisant Sleepless Nights et avec Cat Power sur la comptine Tonight You Belong To Me. L'album s'achève par une courte et grave reprise de Dream A Little Dream de The Mamas And The Papas moins réussie pour le coup.
Alors on vous l'accorde, cet album peut vite devenir lassant. Si l'ensemble fonctionne réellement, ce n'est pas le genre de disque que l'on va écouter dix fois de suite. Il n'empêche que Ukulele Songs est un magnifique album composé de chansons gracieuses et apaisantes telles qu'on aimerait en entendre plus souvent. Et venant d'Eddie Vedder encore plus...