Disons le tout de suite : J'aurais mis 5 étoiles à ce recueil s'il n'y avait les épisodes bonus. Il est évident que les éditions panini ont souhaité fractionner le TPB original en deux, histoire d'en vendre le double, colmatant les vides avec des épisodes bouche-trous complètement ineptes. Ainsi, les "Marvel-team up" qui apparaissent en fin de volume mettant en scène des combats enfantins entre "Spiderman", "Hulk" et la "Veuve noire", ne sont absolument pas raccord avec l'histoire principale ! Pire encore : Clairement adressés à un public plus jeune, ils dénotent complètement et gâchent l'intensité de la lecture. Ils n'ont rien à faire dans cette reliure. Le scénariste Brian M. Bendis, s'il s'amuse aux dialogues, se contente ici de dérouler des récits infantiles à l'ancienne, à mille lieues des la série "Ultimate". Les dessins sont d'une rare laideur.
L'épisode "Ultimate Annual #1", dessiné par le laborieux Steve Dillon, n'était pas non plus indispensable. Mais il dénote moins en comparaison des épisodes centraux.
L'essentiel du recueil est tout de même composé de la moitié de la saison 2 de la série "Ultimates", soit les six premiers épisodes. La suite et fin se trouve donc dans
Ultimates, Tome 3.
Le scénariste Mark Millar et le dessinateur Bryan Hitch poursuivent dans la même veine que la saison 1. Leur version des "Avengers" à la sauce moderne et adulte est toujours aussi détonante. Un grand bravo à ce duo qui aura réussi à imposer à Marvel une version en phase avec une grande partie de son lectorat. Car, bien que l'éditeur se refuse à l'admettre depuis maintenant des lustres, ce sont surtout les adultes qui composent à présent son fond de commerce.
Les "Ultimates" sont donc aux "Avengers" ce que "
Sex and the City" est aux sitcoms : Un pavé dans la marre, une déformation irrévérencieuse et provocatrice. Mais il y a du talent dans tous ces outrages, car le sous-texte est d'une richesse hallucinante. Ces super-héros avides de reconnaissance, de popularité et de starification sont des clones de nos stars du show business. Cette Amérique menaçante, violente et agressive qui utilise ses surhumains comme des "armes de destruction massive" est une version à peine forcée de l'Amérique impérialiste bien réelle.
Toutes les qualités d'écriture du scénariste sont particulièrement éclatantes dans sa manière de composer des versions ambivalentes des héros que nous connaissons tous par cœur. De Tony Stark à Nick Fury en passant par Steve Rogers ou Bruce Banner, nous ne sommes plus chez les parfaits gentils, reflet idéalisé de l'âme humaine fantasmée, mais chez des êtres complexes et fragiles, corruptibles et nettement plus proches de la réalité.
L'approche réservée au personnage de Thor est incroyable. Ambigüe à l'extrême (est-il réellement un Dieu ou seulement un schizophrène simulateur ?), elle réserve au lecteur les meilleurs moments de cette deuxième saison, car le suspense qui règne autour de son identité réelle est amené de manière magistrale !
Le dessin de Bryan Hitch est toujours aussi impressionnant. Il est, avec une poignée de ses collègues (Mike Deodato par exemple), un de ceux qui réussissent le mieux à procurer au lecteur une perception quasiment cinématographique des planches de comics. Cadrages grand angle, plongées et contre-plongées diverses, effets spectaculaires à outrance, le spectacle impressionne nos rétine de la même façon que les blockbusters des salles obscures. Et puis quelle virtuosité ! Car cette pluralité de points de vue filmiques s'accompagne d'un réalisme et d'un sens du détail proprement ahurissant !
Avec cette série, et cette série en particulier (j'insiste sur ce point, tant les autres séries de l'univers "Ultimate" paraissent bien consensuelles et enfantines en comparaison), les super-héros entrent de plein pied dans une maturité postmoderne, irrévérencieuse, voire rock'n roll ! Bien que paradoxalement, on sente arriver les sempiternelles contraintes éditoriales obligeant à lier les séries entre elles, quand bien même elles ne partagent pas la même intégrité ! En l'état, "Ultimates" est inestimable. C'est incontestablement cynique, mais qu'est-ce que c'est bon !