Comme il arrive souvent avec les médias, ces derniers vous achèvent quand vous semblez avoir "un coup de mou". Dave Gahan sortait d'un infarctus, la tâche était facile. Il y a toujours une bonne âme pour prendre une pelle et se proposer, même pour rien, le simple plaisir morbide, de vous enterrer. A l'époque, je crois que c'était sur une chaîne publique, le journaliste (hum!) parlait de "dernier feux", d'un sursaut d'agonisant: bref, le type de métaphore qui vous achève si vous vouliez lutter.
Le journaliste, je peux le révéler maintenant, était sourd. Car jamais les guitares n'ont autant hurlé, jamais David Gahan n'a été aussi combattant, avec une envie d'en découdre: "Ultra" éclate la cage thoracique, "Useless" renverse la cervelle, et les ballades sont toujours poignantes, les intermèdes de beaux pendentifs ciselés avec soin par Martin Gore, et les choeurs sont de plus en plus maîtrisés (la dernière chanson de l'album), nonobstant le départ d'un des membres. Bien dans la ligne de "Songs of faith and devotion" tout en annonçant "Exciter" et sa rage plus intériorisée, sa noirceur plus concentrée, "Ultra" est une réussite.