Lorsque l'on interroge le grand Garth Ennis ( Preacher , Punisher , The Boys etc.) sur son rapport ambivalent voire sadique aux super héros , celui-ci répond que bien qu'il les déteste , il est impossible d'ignorer que ceux-ci sont les ambassadeurs de valeurs incontournables véhiculées via le monde des comics . Les frères Luna semblent l'avoir pris au pied de la lettre en imaginant un monde peuplés de mutants sexys où, comme les stars , ceux-ci seraient recrutés par des agents qui leur donneraient un nom de code , un emploi de temps avec jours fériés, élaboreraient leurs costumes et expliqueraient les parts de marchés que le merchandising générerait en fonction de leur image auprès du public .
Les Luna poussent même l'audace à parsemer le comic de fausses couvertures de presse et pubs où nos super héroïnes, plus sexys les unes que les autres, vantent parfums, fringues, cosmétiques dans des poses lascives sensées attirer le chaland.
La scène la plus irrésistible est bien sûr la remise du prix de la super héroïne de l'année, caricature assumée des Oscars et de son bal des faux culs.
Notre Héroïne, Pearl, est la plus populaire, la plus jolie, la plus pure de ces supers nénettes. A l'inverse de ces consoeurs, toute ambition sexuelle de ne se taper que des tops models l'a quitté. Pearl est si parfaite, si conscencieuse, qu'elle passe à côté de sa vie.
Lorsqu'une voyante lui prédit qu'elle a 7 jours pour trouver l'AAAAAAAmouuuuuur, elle croit aller au devant de sa destinée en accostant un jeune homme dans un fastfood.
Lorsque celui-ci diffuse les photos de leur nuit d'amour auprès de la presse à scandale, Pearl passe du statut de Madone en collant à celui de salope qui a menti à toutes les jeunes filles qu'elle était censée inspirer.
Rien n'avait préparé cette douce jeune fille à la curée qui l'attend.
Tout ceci se passe sur 8 épisodes drôles, aux dialogues savoureux, avec des interactions cocasses entre les personnages et très peu d'action mais une vraie sensibilité dans l'invention des caractères féminins, grandes oubliées finalement du genre super heroique.
Mis à part Wonder-Woman, Miss Marvel et Hulk, Alias dans une moindre mesure, rares sont les séries où les femmes ne sont pas que des faires valoirs.
Cette mini série est souvent comparée à Sex in The City. Pourquoi pas... mais je trouve la comparaison un peu facile. Je la rapprocherai pour ma part de la trop peu connue "Stranger In Paradise " de Terry Moore qui n'avait pas son pareil pour alterner de vrais situations burlesques au drame le plus total.
J'avoue être complètement tombé amoureux de Pearl, et mes 4 étoiles viennent de ma frustration de ne pas en savoir plus sur elle et, que, comme souvent chez les Luna, la fin de la saga compte moins que le développement de l'intrigue.
Les dessins et les couleurs sont conformes à ce qu'on attend des Luna : un trait fin, harmonieux qui m'a fait penser à Paul Smith et des couleurs très cartoons.
Contrairement à ce qu'ils feront dans Girls, ils n'abusent pas des effets de flous par ordinateur pour s'épargner à dessiner les décors.
Delcourt propose une bonne traduction et publie toutes les couvertures et les faux mini articles de presse présents dans le TPB d'Image.
Le lecteur sous le charme d'"Ultra" peut passer les yeux fermés de l'univers féminins de Pearl à celui de "Girls" où, sur fond de paranormal et d'horreur, les Luna continuent d'étudier de manière intelligente les rapports hommes/femmes.