La carrière d'Alain Souchon, comme celle de son compère Renaud, va prendre une nouvelle dimension après sa signature chez Virgin au milieu des années 80. Ses trois premiers albums enregistrés pour ce nouveau label formant même une trilogie magique, avec une inspiration que Souchon aura bien du mal à retrouver par la suite. Après "C'est comme vous voulez" (1985) et avant "C'est déjà ça"(1993), disque avec lequel il connaîtra l'apogée de sa popularité, Souchon publie en 1988 cet album intitulé "Ultra moderne solitude", formule souchonnesque par excellence, qui préfigure sa "foule sentimentale". On peut considérer cet opus comme le plus réussi de sa carrière, tant au niveau de l'écriture, encore pleine de trouvailles et de délicatesse (avant l'autoparodie des albums "Au ras des pâquerettes" et "La vie Théodore") qu'au niveau de l'inspiration musicale (Voulzy est encore en forme, quoique moins présent) et de la production (une pop élégante et raffinée, encore loin de l'assommant rock-FM de Renaud Letang). Au rayon des tubes, on retiendra évidemment la chanson titre (photographie épurée de la déprime moderne), "Les cadors" (modèle de chronique sociale) et surtout "Quand je serai KO", réécriture du fameux "When I'm sixty four" des Beatles, où Souchon envisage son avenir de chanteur fini (qu'il a hélas atteint avec le médiocre "Ecoutez d'où ma peine vient"). Ailleurs, des portraits de filles en proie au bovarysme, comme jadis "La petite Bill" (Dandy, J'attends quelqu'un), qui ressemblent aux personnages de Charlélie Couture. Enfin, dans la veine mélancolique où notre homme excelle, on se régalera de "Comédie" (duo déchirant avec l'amie Jane Birkin), "On se cache des choses (un petit bijou de pudeur) et "La beauté d'Ava Gardner (sans doute la plus belle chanson de Souchon toutes périodes confondues). Même les titres mineurs sont réussis ("Normandie lusitania", subtile métaphore de l'ennui). C'est concis, bien construit, inspiré... On appelle ça un classique...