Cette nouvelle traduction, absolument superbe, est moins une mise à jour d'un texte qui, dans sa traduction française de 1929, avait fort vieilli, qu'une tentative, brillamment réussie, de rendre le texte de Joyce dans toute sa beauté, en une langue française beaucoup plus riche et inventive que ne pouvait le laisser penser la traduction précédente.
Cette nouvelle traduction intéressera peut-être moins les aficionados de l'oeuvre que tous ceux, en j'en fais partie, qui, tout en étant curieux de la découvrir et de l'aimer, étaient rebutés par un texte difficile, pas toujours bien rendu dans une langue française trop frileuse, trop peu sûre de sa propre richesse et qui, pour cette raison, en abandonnaient la lecture en cours de route.
L'"Ulysse" dans sa nouvelle traduction met non seulement en valeur, dans notre langue, la beauté, l'originalité, l'audace du style et du vocabulaire de Joyce, mais elle nous permet aussi d'en découvrir mieux la chaleur humaine, l'humour, la tendresse et par la même occasion de faire de ses principaux personnages: Léopold et Molly Bloom, Stephen Dedalus, Buck Mulligan, des êtres de chair, bien vivants, drôles ou émouvants et qu'on se plaît à aimer. Et du coup, "Ulysse" se fait une oeuvre pleine d'humanité, d'amour, de passion pour les êtres et la vie et non plus uniquement un laboratoire de littérature, plus réputé que vraiment lu.