En 1919, une petite ville de Sibérie, qui abrite une secte d'illuminés, est occupée par la Légion tchèque, alliée aux Blancs. Alors que les Rouges menacent de reprendre la ville, débarque un ancien terroriste évadé d'un camp tsariste du grand Nord. Il affirme avoir sur ses talons un génie du crime cannibale, dont il a partagé la cavale.
Ecrivain écossais et collaborateur du Guardian, James Meek a écrit un étonnant best seller dont Johnny Depp, proclame fièrement la quatrième de couverture, a acquis les droits d'adaptation au cinéma. A vouloir jouer sur plusieurs motifs (les sectes, les terroristes, la guerre civile, le chamanisme - sans compter l'inévitable histoire d'amour, qui voit ici trois hommes tourner autour de la belle Anna), Meek est contraint à une mise en place assez laborieuse, d'autant que l'action proprement dite se réduit à quelques jours. Cependant, certains passages rétrospectifs (l'évasion du bagnard, l'entrée du chef du village dans la secte) sont assez prodigieux et, contrepartie du caractère pesant de cette première partie, l'auteur a su dessiner des personnages forts et complexes. On pourra gloser à l'infini sur le caractère russe ou anglo-américain du roman. Disons pour faire court qu'il s'appuie sur un socle anglais (composition presque scolaire, goût du détail) mais que lui manquent la puissance, l'originalité et la tension métaphysique des chefs d'oeuvre russes. Au total, une bonne lecture qui laisse un petit goût d'inachevé, la langue n'étant de surcroît pas très remarquable.