Dog Day Afternoon de
Sydney Lumet s'inspire d'un fait divers qui eut lieu dans les années 70: le casse dans une banque par un groupe de jeunes amateurs. Faut dire que les trois lascars en sont à leur premier essai. Leur motivation: besoin de fric pour payer l'opération transsexuelle d'un des leurs... Le film sorti en salles en 1975 fut tourné entre
Serpico et
Network, main basse sur la télévision. Le film est bien sûr porté par la prestation d'Al Pacino (extraordinaire), mais pas seulement. La mise en scène est maîtrisée de bout en bout, et surtout il y a cette réflexion sur le pouvoir des médias, ses liens avec le public. Eblouissant. Le voyeurisme cynique, la société du spectacle (les journalistes qui se prennent de sympathie pour les truands, le but de faire de l'audimat à tout prix), tout cela, Lumet le met en scène de façon magistrale.
Cela dit, la première fois que j'ai vu ce film, j'avais été déçu (d'où l'importance d'analyser un film après une deuxième vision...). En effet, comme pas mal de spectateurs de l'époque, et même d'aujourd'hui, je lui trouvais une certaine lenteur, voire un côté simpliste, qui m'avait alors rebuté. Enfin et surtout, je ne comprenais pas cette absence totale de point de vue philosophique de la part du metteur en scène. Or, à la deuxième vision, c'est bien cela qui ressort: pas de complaisance moralisatrice et encore moins un étalage pseudo-intellectuel. Lumet interroge et montre sans juger. C'est au spectateur de prendre le pas. Le côté dépouillé de l'oeuvre peut aussi dérouter. Mais au final, Lumet signe ici l'une de ses oeuvres les plus abouties (avec Serpico mais aussi
Le prince de New York et surtout
7h58, Ce Samedi-là).
Je ne reprendrai pas le pitch, mais disons que dans l'histoire du cinéma, cette histoire de braquage est peut-être plus attachante que celle que l'on trouvera plus tard dans
Heat de Michael Mann (film techniquement parfait, mais d'une froideur sans commune mesure... un peu à l'image de nos sociétés contemporaines). Lumet s'est toujours attaché à filmer des anti-héros profondément humains. Son cinéma a le courage, comme le rappellent Tavernier et Coussodon dans 50 ans de cinéma américain, de "prendre des risques". Dog Day Afternoon s'inscrivant dans sa tétralogie policière new-yorkaise -
Le Gang Anderson/The Anderson Tapes (un film avec Sean Connery que je n'ai hélas toujours pas vu), Serpico, Dog Day et Prince of The City- fait partie de ses réussites majeures et s'en priver serait vraiment dommage. A condition toutefois de ne pas rester sur ses premières impressions. Un film qui peut avoir plusieurs niveaux de lecture. A voir et à revoir...
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VF, VOSTF, bande son excellente. Image restaurée. Bonus: une interview avec Lumet+ bande annonce de l'époque.