Tout d'abord,est-il légitime de parler de viol lorsqu'on est un homme ? sans doute ni plus ni moins qu'une femme qui n'a pas été violée a le droit d'avoir une opinion sur la question.
je le dis d'amblée: ce petit ouvrage de Clémentine Autain m'a beaucoup plu et fait pas mal réfléchir.
très vite, il m'est revenu une lecture ancienne, le livre de Régis Jauffret, "histoire d'amour", qui me paraît être une parfaite illustration de la "sidération" (j'en conseille la lecture).
Cette notion est très importante pour faire avancer le débat, et surtout, permet de mieux comprendre ce qui se joue dans l'espace des "viols par des proches" (la majorité des viols, semble-il).Le viol se définirait donc comme "un rapport sexuel forcé et non souhaité par la victime obtenu en exerçant une menace physique ou une pression mentale à laquelle la victime ne peut pas se dérober". On ne peut donc pas se limiter à une notion de "rapport consenti" ou "non consenti". On pourra toujours objecter qu'une certaine forme de "limite" fait problème. Celle qui "cède" à un supérieur hiérarchique pour ne pas être licenciée, "consent" à ce qu'elle n'a pas "souhaité". La considérera-t-on comme "violée" ? Pour moi, il n'est pas douteux que quelque chose a été violé en elle...J'apprécie que Clémentine Autain ne fuie pas la complexité, et replace le viol dans un contexte historico socio politique et le positionne de façon plus claire dans le combat féministe.
Un micro bémol: Clémentine Autain raconte qu'elle a été violée, et légitime d'en parler, car elle aussi a connu cette honte de la victime, cette confortable protection des violeurs, mais son souci de vérité lui fait dire qu'elle, elle a subi un viol physiquement menaçant, (plus violent sans doute mais plus rare) alors qu'elle s'efforce de dénoncer aussi et surtout "les viols par des proches" qui sont majorité. Etait-il important qu'elle se prévale d'un viol que même le plus "macho" ne sauraient contester, comme à se sur-légitimer ? N'aurait-il pas mieux valu qu'elle se déclare simplement "violée" et ainsi solidaire de toutes les violées? Mais sans doute n'a-t-elle pas voulu masquer la réalité de ce qu'elle avait subi.
Sinon, toutes les remarques subtiles "je me suis fait violer = c'est de ma faute, j'ai fait exprès, ou presque", tout ce qu'elle dénonce, décrit, me paraît, et de loin, une des meilleures contributions au débat actuel et aux luttes à mener.
Merci, Clémentine Autain, d'avoir dit en un texte si court autant de choses très importantes. Je continuerai à vous lire avec le plus grand intérêt. Accessoirement, je partage avec vous, et sur des positions très proches des vôtres, beaucoup d'autres luttes....
Fernand Farioli