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Un bon fils Broché – 16 avril 2014


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Descriptions du produit

Extrait

Prière du soir

Il est l'heure d'aller dormir. Agenouillé au pied du lit, la tête inclinée, les mains jointes, je murmure à voix basse ma prière. J'ai dix ans. Après un bref recensement des fautes du jour, j'adresse à Dieu, notre Créateur tout-puissant, une requête. Il sait comme je suis assidu à la messe, empressé à la communion, comme je L'aime par-dessus tout. Je Lui demande simplement, je L'abjure de provoquer la mort de mon père, si possible en voiture. Un frein qui lâche dans une descente, une plaque de verglas, un platane, ce qui Lui conviendra.
«Mon Dieu, je vous laisse le choix de l'accident, faites que mon père se tue.»
Ma mère arrive pour me border et me lire une histoire. Elle me regarde avec tendresse. Je redouble de ferveur, je fais le pieux. Je ferme les yeux, dis en moi-même :
«Mon Dieu, je vous laisse, Maman vient d'entrer dans ma chambre.»
Elle est fière de ma foi ardente tout en redoutant qu'un jour je ne me tourne vers la prêtrise. J'ai déjà évoqué la possibilité d'entrer au Petit Séminaire, je me lève à six heures du matin pour aller servir la messe à l'externat Saint-Joseph à Lyon, le collège de Jésuites où je poursuis mes études. C'est une messe basse, c'est-à-dire courte, je ne suis pas qualifié pour les longues cérémonies qui requièrent une liturgie complexe. Quand je suis perdu, je me signe, ça me donne une contenance. A cette heure matinale, dans l'église, il y a peu de monde, à peine ici ou là une bigote tombée du lit et qui marmonne ses prières. Je suis le petit fayot de Dieu : l'odeur de l'encens m'enivre comme s'enivre le prêtre qui remplit ses burettes et s'avale une bonne rasade de piquette, du blanc de qualité médiocre, dès sept heures du matin. Nous sommes pris d'un fou rire devant ses yeux vitreux. J'allume les cierges avec ravissement, j'aime ce moment de recueillement avant les cours. Je communie, j'adore le goût de l'hostie, ce pain azyme qui fond sous la langue comme une galette. Cela m'emplit de force, j'ânonne mes formules en latin sans les comprendre, ce qui les rend d'autant plus belles. Je sers la messe avec une fureur toute flagorneuse ; je veux avoir les meilleures notes au paradis. Quand je plisse mon regard, il me semble que Jésus cligne affectueusement de l'oeil à mon endroit.
Deux ans après, lors de ma communion solennelle, je me livre à une orgie de bonté. Je souris à tous, je suis habité par l'Ange du Bien en personne. Je hume avec volupté mon nouveau missel à tranche dorée dont les pages bruissent quand on les tourne. Je flotte dans mon aube au-dessus du sol, je baigne dans l'onction. Oncles et tantes me couvrent de baisers que je prodigue à mon tour à mes cousins sans compter. Ce zèle emplit ma mère de fierté et d'une secrète inquiétude. D est bon de croire mais avec mesure : la bonne ville de Lyon, ancienne capitale des soyeux, regorge d'abbés misérables, aux soutanes tachées, aux godillots crevés, qui sont les souffre-douleur de leur hiérarchie, les têtes de turc des gamins, les prolétaires de l'Église Romaine Universelle et Apostolique. Beaucoup meurent jeunes, épuisés et maltraités.

Revue de presse

Insaisissable Pascal Bruckner, qui aura longtemps tardé à livrer son secret...
Aujourd'hui, sans une larme (le sanglot de l'homme blanc, très peu pour lui), sans le moindre cri de vengeance, avec une équanimité de style qui impressionne, comme s'il grattait le mal jusqu'à l'os, il raconte d'où il vient. D'un enfer familial d'où les livres, les voyages lointains, la célébration du monde et une judaïté imaginaire l'ont sauvé. Ainsi qu'une volonté farouche de rester, malgré tout et jusqu'au bout, «un bon fils». (Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 10 avril 2014)

On n'échappe pas à sa généalogie - et croit-on y arriver, on se leurre. Sachant cela, il ne reste qu'à ruser, faire de l'héritage importun un tremplin. Ainsi, c'est en s'efforçant de «devenir enfin l'objet d'exécration de [son] père, [d']incarner dans [sa] chair ce qu'il haïssait le plus», comme il l'écrit dans Un bon fils, que l'essayiste et romancier Pascal Bruckner s'est extirpé de l'enfance et réinventé tel qu'il est. Un récit d'apprentissage tout en sincérité et en retenue, qui n'a pas vocation à devenir le tombeau d'un père (mort en 2012... (Nathalie Crom - Télérama du 16 avril 2014)

Du Kinderheim autrichien où il est envoyé à l'âge de 1 an et demi pour soigner sa tuberculose aux bancs d'Henri-IV et la découverte émerveillée de la capitale, du "bon sujet germanophone" récitant sans broncher ses déclinaisons allemandes aux "intellectuels juifs" auxquels les médias l'assimileront, Pascal Bruckner retrace dans ce roman le parcours d'un mal-né qui fera tout pour endiguer son ascendance honteuse...
Portrait d'un antisémite obsessionnel qui ne cessera jamais de vouloir ramener sa progéniture dans le droit chemin, Un bon fils n'est pas un roman à charge mais un puissant cri d'amour, avorté de n'avoir su vers qui se tourner. (Laëtitia Favro - Le Journal du Dimanche du 13 avril 2014)

Un bon fils. Un récit autobiographique saisissant, dans lequel l'auteur de Lunes de fiel (Seuil, 1982)raconte que son père, René, fut un antisémite convaincu et éructant, un admirateur de l'Allemagne nazie si fervent qu'il devança l'appel du STO (service du travail obligatoire) et participa à l'effort de guerre allemand en oeuvrant pour les usines Siemens, à Berlin, puis à Vienne, entre 1942 et 1945. Cet engagement, il n'en fit jamais mystère, ressassant, jusqu'à son dernier souffle, en 2012, sa nostalgie hitlérienne, répétant avec une passion jamais entamée son petit bréviaire judéophobe et son catéchisme révisionniste...
Le titre n'est pas si ironique : " bon fils ", Pascal Bruckner le fut, au fond, qui ne rompit jamais tout à fait avec les siens et s'occupa du vieillard après la mort de sa femme, en 1999, le visitant dans le taudis qu'était devenu son appartement, puis à l'hôpital, l'appelant chaque jour...
Plus que le procès d'un père, Un bon fils est une sorte de précis de survie. Un manuel sur l'art de choisir ce dont on hérite. (Raphaëlle Leyris - Le Monde du 17 avril 2014)

Pour la première fois, l'essayiste et romancier Pascal Bruckner parle de son père, qui battait sa femme et haïssait les juifs. Vertigineux...
Le récit d'enfance dans une famille d'extrême droite est un genre littéraire bien fourni (Dominique Jamet, Lionel Duroy, Marie Chaix, Philippe Druillet...). Celui de Bruckner est marquant parce qu'il pointe un phénomène rarement analysé : le dégoût qu'on ressent à retrouver en soi-même la persistance de ce que l'on déteste. (Eric Aeschimann - Le Nouvel Observateur du 17 avril 2014)

Dans Un bon fils (Grasset), Pascal Bruckner évoque son impossible père, pronazi et violent, dans un portrait sans pathos. Et sans fiel...
Le charme vénéneux du livre de Pascal Bruckner tient peut-être à ceci : il ne parvient pas à nous faire haïr complètement ce père impossible, qui finira veuf, ruiné, malade. Un "bon fils", vraiment... (Jérôme Dupuis - L'Express, mai 2014)

Pascal Bruckner raconte son père, antisémite virulent et époux violent...
Heureusement, Bruckner est plus le fils de son temps que de son père. Comme lui, il lui arrive de s'énerver, de trépigner, de se laisser emporter par le tourbillon de la colère, mais il se reprend et n'en conserve que le goût des indignations nécessaires aux intellectuels dont la polémique fouette les sangs. Avec le temps, sa haine pour son tyran paternel s'est même apaisée. Il aurait aimé l'entendre avouer  : « Je me suis trompé » et il savait que l'autre rêvait de l'entendre dire « Tu avais raison ». Les mots ne sont pas sortis de leur bouche mais le fils a accompagné son père jusqu'au bout, à 90 ans, en remplissant tous les devoirs qu'on doit à ceux qui vous ont donné la vie. Même les plus tristes quand on aide un très vieux monsieur à faire sa toilette à l'hôpital. Et là, à l'extrême fin, il l'a aperçu nu. Et circoncis. Il en est sorti ce livre. Brutal et tendre, furieux et désemparé. (Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, mai 2014)


Détails sur le produit

  • Broché: 264 pages
  • Editeur : Grasset (16 avril 2014)
  • Collection : Littérature Française
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2246800285
  • ISBN-13: 978-2246800286
  • Dimensions du produit: 13,4 x 1,7 x 20,5 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (25 commentaires client)
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par Richard BERLANDE le 8 mai 2014
Format: Broché Achat vérifié
C'est un petit bijoux ce bouquin, bien qu'il soit lu en quelques heures... c'est, du reste, son plus gros défaut.
La trame autobiographique est somme toute assez banale, les relations entre un père et son fils, en revanche, l'écriture et le style sont d'une pureté minérale, les mots sont travaillés et polis pendant les insomnies nocturnes de l'auteur qu'il décrit merveilleusement.

La description des sentiments est exprimée avec une telle justesse et une telle finesse qu'elle vous permet d'éclairer les recoins de votre propre mémoire en donnant du sens et de la compréhension. Ca a quelque chose de prodigieux.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile  Par Jean-Jacques Frayssinet le 18 mai 2014
Format: Broché Achat vérifié
Education/mission impossible : il faut aimer ses parents - que nous n'avons pas choisis - parce que c'est la première grande difficulté que nous avons tous à surmonter et que ce n'est qu'à travers ce philtre - souvent douloureux - que nous pourrons par la suite puiser dans notre esprit critique l'énergie créatrice et généreuse pour examiner et mieux comprendre le caractère forcément boiteux et inachevé de nos rapports avec nos propres enfants. La famille n'a jamais été une entité démocratique mais plutôt le lieu d'une autorité forte - le père ou la mère - qui s'impose à l'enfant qui dès lors n'a d'autre possibilité que de se soumettre, parce que tout simplement il est un être plus faible que les adultes (et notre époque si mouvementée soit-elle n'apporte rien de nouveau à cette donnée immuable). "Tout pouvoir est une violence exercée contre l'individu" nous rappelle Boulgakov dans son admirable Maître et Marguerite. Merci donc à Pascal Bruckner de ne rien nous cacher ici d'un paramètre essentiel de notre humaine condition - moins un père antisémite pour des raisons toujours hélas de bêtise et de misère conjoncturelles qu'un homme désarmé devant l'impératif catégorique du Devoir de se dépasser soi-même - dont Camus le juste disait fort à propos "Nous voilà condamnés à être plus grands que nous-mêmes". Père injuste que celui-ci ? "Que ceux qui n'ont jamais péché......"
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11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile  Par traversay TOP 50 COMMENTATEURSVOIX VINE le 4 mai 2014
Format: Broché Achat vérifié
On connaissait Pascal Bruckner l'écrivain, romancier et essayiste, talentueux, volontiers provocateur et cynique. On connait désormais l'homme, à travers Un bon fils, récit de ses relations complexes avec son géniteur, mais aussi histoire d'une vie, tant littéraire que personnelle, construite comme en réaction à cette figure écrasante et honnie du père. Le livre commence par la prière d'un garçon de 10 ans, l'auteur lui-même : "Mon Dieu, je vous laisse le choix de l'accident, faites que mon père se tue." Parce cet homme est un ogre, un tyran domestique qui fait vivre à son fils et à sa mère (surtout) un enfer quasi permanent, avec quelques rémissions, spécialisé dans l'humiliation et la violence. Le portrait à charge est terrible. La haine de Bruckner s'est pourtant transformé en une sorte d'acceptation obligée de ce caractère odieux sans aller jusqu'au pardon. Impossible. Un bon fils ne ressemble pas aux livres écrits sur le même sujet. L'écrivain a rangé la colère maintenant que ce père n'est plus de ce monde. Il dresse un constat, énumère des faits, rappelle l'antisémitisme primaire et atroce de ce nostalgique de Pétain. Mais derrière la figure de monstre, Pascal Bruckner évoque sa propre identité, comment il a pu vivre dans et malgré cette ombre et se forger des armes pour devenir ce qu'il est, soit une antithèse quasi parfaite. Ce n'est pas la partie la moins passionnante du livre que cette recherche de l'équilibre, à travers ses livres, ses amitiés et ses amours.Lire la suite ›
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13 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile  Par Michel le 22 avril 2014
Format: Broché
je connaissais les essais de Pascal Bruckner, toujours excellents et pertinents. Ici j'ai découvert autre chose: un homme qui se livre dans une écriture magnifique.
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Format: Format Kindle Achat vérifié
Bruckner semble au début hésiter entre souvenirs d'enfance et réflexions sur sa relation avec son père. Puis ce deuxième aspect prend le dessus. On est surpris de la haine qu'il lui voue alors qu'il continue d'entretenir des relations de "bon fils" avec lui. Le personnage du père est en effet fascinant en dépit des efforts de Bruckner pour faire de lui un vieux pétainiste aigri. Il n'explique d'ailleurs pas l'affection que son propre fils a pour ce grand-père si détestable. La dernière partie, celle de la déchéance, est saisissante. On regrette cependant que le règlement de compte l'emporte sur un portrait plus fouillé de ce personnage d'un autre temps.
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