Alain Finkielkraut est un amoureux de la littérature: les 9 articles présentent les œuvres qui lui ont permis de déchiffrer l'existence sont de très belles factures. C'est un choix forcément subjectif, difficile en soi à commenter, mais très respectable en tout état de cause dès qu'il s'agit de démontrer quelle formidable mode d'accès à la connaissance constitue le roman. Du monde bien sûr mais aussi de l'auteur de cette bibliothèque idéale: on retrouve dans cette sélection son intérêt pour la condition humaine bablottée par les vents mauvais de l'Histoire, les tentations politiques totalitaires et une société contemporaine dont il a tellement pris le parti qu'elle est irrémédiablement inculte que tout s'analyse à travers son prisme performant de son pessimisme ontologique. Du coup, Alain Finkielkraut fait des détours trop visibles pour raccrocher ses critiques à sa "pensée profonde": La Plaisanterie de Kundera lui permet de chiquenauder la supposée dictature du rire gras et du sarcasme, la typologie des délateurs - et en particulier celui qui n'a aucune excuse atténuante mais subit le poids de la soumission - de Tout Comme de Vassili Grossman lui sert de trampoline pour baffer le conformisme bien pensant (comprendre ce qui s'oppose à sa pensée), l'instituteur du jeune Camus, parangon du hussard noir de la République, sévère mais juste, l'autorise à se lâcher sur la bêtise de la société post-culturelle (comprendre celle qui n'en a plus). La liste n'est pas exhaustive. Il se caricature et gâche un peu un bel ensemble.