Un film plein de charme. Est-ce un mot galvaudé? Peut-être, mais c'est le mot qui vient immédiatement à l'esprit en voyant ce "Conte d'été polonais". Conte, ce film l'est bel et bien, même s'il n'en a que quelques traits caractéristiques (mais essentiels); d'été, aussi, on peut même dire qu'il est solaire et qu'il passe comme une journée d'été, libre et oisive; polonais, il l'est ô combien, tout en n'étant pas aussi maussade ou sombre que la plupart des films venant de ces contrées - que j'aime énormément pour certains d'entre eux d'ailleurs, pour leur sens de l'absurde et de l'humour noir, des
premiers films de Roman Polanski : Répulsion - Cul-de-sac - Le couteau dans l'eau aux grands films de Jerzy Skolimowski, de son chef-d'oeuvre
Travail au noir (attention, scandale: édition sans VO pour ce film) au plus récent
Quatre Nuits avec Anna (voir mon commentaire).
Une divagation pleine de charme, donc, mais sans aucune mièvrerie. Il s'agit de la chronique d'une enfance dans une petite ville (voir synopsis) mais aussi d'un conte initiatique, et de l'apprentissage d'un enfant qui observe plus qu'il n'agit. Savoir comment faire advenir la chance, comment la forcer si c'est possible, est un des thèmes développés par le film, qui montre avec beaucoup de sensibilité comment on force son destin tout en ayant un rapport au monde qui ne passe pas que par l'action. L'enfant apprend, sans figure paternelle (dont la quête est un des ressorts du scénario, le garçon croyant qu'un des hommes qu'il voit prendre le train à la gare est son père); il apprend aussi avec sa soeur et parfois contre elle, et surtout en étant dans un rapport à son environnement qui passe autant par l'observation que par des actions qui semblent n'avoir aucune incidence sur lui mais finalement en ont beaucoup. En regardant les projets d'affiche en bonus, on n'est pas franchement surpris de constater que le titre français envisagé était "Un destin animé". On comprend que les distributeurs aient reculé devant le risque de sortir le film sous ce titre, mais celui-ci semble aussi juste que plaisant. Le titre original, "Sztuczki", signifie-t-il la même chose que sa traduction dans les pays anglophones par "Tricks" le laisse entendre? En tout cas, il s'agit bien de cela: tours du destin et tours joués contre le destin, tours d'une magie simple, petites espiègleries. Mais comme le souligne le cinéaste dans un entretien, son vif intérêt pour la philosophie, que l'on peut sentir poindre ici et là, n'encombre pas outre mesure le film.
Evidemment, ceux qui n'aimeraient pas du tout les chroniques et les films qui battent un peu la campagne et ne reposent que peu sur les rebondissements peuvent passer leur chemin. Toutefois, ce film, qui a un air de grande simplicité, est en fait composé, dans son scénario comme dans ses cadrages, et dégage une impression de maîtrise qui n'a rien à voir avec une quelconque volonté d'avoir l'air m'as-tu-vu. On sent que cela est dû, comme le cinéaste le précise dans l'entretien, à sa volonté de retrouver un naturel concerté, que ce soit de la part des acteurs (pour la plupart non professionnels) ou dans la lumière adoptée pour le film, chaude et dorée comme celle d'un jour d'été. Il explique que la dimension autobiographique du film, qui semble évidente, se cantonne à la relation entre le frère et la soeur, ne concerne pas la quête du père par le garçon. Pas d'étonnement à l'entendre dire qu'il se retrouve dans le personnage de Stefek.
Un film d'une qualité rare, fort bien conçu et interprété (surtout le frère, avec sa moue irrésistible, et la soeur), à découvrir et à faire connaître. Ce serait dommage de passer à côté de ce qui n'est sans doute pas un grand film mais constitue bel et bien un moment de vrai partage par le cinéma: partage d'un regard, d'une sensibilité, d'une histoire et de personnages singuliers avec qui on aime passer un moment en apesanteur. Un film sous le charme duquel j'étais encore peu ou prou près d'un an et demi après l'avoir vu en salle, et qui a opéré à nouveau en regardant le dvd.
Copie de qualité, qui rend plutôt bien la photo du film - peut-être l'effet doré est-il un peu trop accentué par la numérisation. L'entretien avec le réalisateur, intéressant sans être fracassant, dure 18'.