Voici un livre qui se lit très rapidement et d'une traite. Le style est vif, parfois percutant avec un certain sens de d'humour (qu'il faut partager...).
L'histoire d'Antoine Duhamel est "peut-être" l'histoire de beaucoup d'hommes et de couples mais pas de tous.
Malgré l'humour (forcé ?)du discours, malgré la critique douce amère de cet homme paumé qui cherche l'herbe plus verte ailleurs, j'ai parfois (souvent) été dérangée par le côté radical de certains discours: le personnage a été trompé sur la marchandise car sa femme a gardé des kilos de ses grossesses (car dans grossesse il y a "grosse")et qu'elle n'est plus le canon qu'elle était, que tout cela est la faute des enfants, qu'elle est devenue une hystérique folle de ses enfants et pleine de mépris pour l'homme qu'elle a épousé ("Alice est une femme de son temps, après dix ans de mariage elle me parlait de plus en plus naturellement comme à un chien")... tous les hommes mariés sont "faibles, lâches et complètement paumés sans leur moitié (...) qui ne les respectent plus guère". Antoine et sa femme (comme tous les couples) sont "devenus des déchets radioactifs: narcissiquement morts, spirituellement éteints, physiquement à l'abandon, psychologiquement ratatinés, affectivement ruinés. Vautrés dans un confort de routine"...
Superbe image du couple: la femme est une harpie, qui grossit et se laisse aller, l'homme est un ado attardé qui jète le lait de sa fille dans un ficus car cela l'ennuie de lui donner son biberon. Tout cela légitimise le fait d'aller voir ailleurs et de foutre son couple en l'air.
De plus un homme qui dit aimer la vie de famille est "Un type qui (...)est soit un acteur-né, soit un suicidé en puissance qui se tirera une balle lors de son prochain licenciement. Car c'est le travail qui lui permet de fuir sa maison".
Les hommes mariés dans un magasins sont "Pareil à des poissons morts, (qui poussent) systématiquement des chariots plus gros qu'eux, tandis qu'à dix longueurs devant, leur femme, d'un pas décidé, visitait- souvent en criant- un à un tous les rayons".
Le sujet de l'histoire est le fait de devenir vraiment un père après une séparation mais ce n'est pas l'impression que j'ai eu, cela ressemblait plus à un règlement de compte entre les deux sexes qui surfe sur la tendance ("ailleurs l'herbe est plus verte") car franchement on ne découvre pas vraiment la fibre paternelle d'Antoine au fil des pages.
Dieu, quelle image du couple, des femmes et des hommes...J'ai lu des extraits à des amis des deux sexes qui en ont rit d'incrédulité...en me disant "ben dis donc, ça y va fort")
Même si la lecture de cet ouvrage m'a plus ou moins amusée, elle m'a aussi fait rire "jaune" et je reste scotchée par toutes ces idées "modernes" si négatives du couple que l'on retrouvent actuellement dans le cinéma et dans les romans!! Il y a encore des gens qui se marient (ou pas), s'aiment, font des enfants (ou pas), sont heureux, pas suicidaires d'avoir des gamins, qui assument la routine et mettent du piment dans leur vie de couple. L'herbe n'a jamais été plus verte ailleurs, toutes les femmes ne sont pas des sorcières cheftaines et tous les hommes ne sont pas des ado attardés.
Un livre à lire dans un train, une salle d'attente, avec un bon thé dans son salon dont le souvenir ne sera pas inoubliable même si l'humour et le talent de l'auteur ne sont pas remis en question. En espérant que le prochain soit plus subtil...