"Capitalistes contre communistes" à la sauce Wilder, il ne faut pas s'attendre à du sérieux, plutôt à un truc complètement déglingué de l'intérieur où chacun en prend pour son grade et son idéologie. Pas de partisanerie chez ce génial rieur de Wilder : les capitalistes sont des bouffons ventrus qui achèteraient leur mère pour servir leur intérêt, les communistes cachent des portraits de Staline sous ceux de Khrouchtchev mais se révèlent aisément corruptibles derrière leur façade idéologique.
Deux heures de bonheur total dans un rythme effréné, dialogues et situations abracadabrantesques, trois gags par minutes environ ; suffit de savoir compter, on en sort la mâchoire douloureuse mais reconnaissante. A sa sortie (1961), "Un, deux, trois", bien trop en avance sur son temps, fut un échec. Personne alors ne voulait d'une farce rocambolesque et bouffonne sur un sujet chaud-brûlant comme une guerre froide. Aujourd'hui, ces vieilles histoires mortes et enterrées depuis longtemps, le film de Wilder nous apparaît comme neuf, lucide et jouissif, et d'une modernité cinglante.