« Un dieu un animal » fait partie de ces livres qui marquent indéniablement son lecteur au fer rouge. Impossible d'en sortir indemne
Un jeune homme, mercenaire engagé dans les pays que ravage la guerre post 11 septembre, retourne dans son village natal, dans la maison de ses parents que d'une certaine manière il avait fui, fatigué de sa vie et du peu d''espérances qu''elle semblait lui promettre.
Là-bas, il découvre le désert et toute la folie, toute la violence des hommes, crue, impitoyable, inexplicable si ce n'est peut-être de Dieu, ce Dieu sans visage ni langage, impitoyable autant qu''aimant. La question, cette question hante le récit « Comment pourrait-il faire ? Comment nous dirait-il son amour ? ». Peut-on encore connaître l''amour après avoir vu et connu le pire, des corps suppliciés, des enfants torturés par leur propre père avant d''être cajolés par ce même bourreau. La violence et l''amour en un même mouvement, une folie incroyable, inhumaine et pourtant si atrocement humaine, à l''image de Dieu
En l''homme cohabitent un dieu et un animal' le meilleur et le pire mêlés, indissociables.
Et pourtant en rentrant dans son village où tout lui semble désormais étranger, désincarné, le jeune homme tente de retrouver le seul souvenir qui lui semble rescapé de cette déshérence. Un souvenir doux, un souvenir enfantin, une enfant devenue jeune fille, une jeune femme très certainement à présent, elle s''appelle Magali. Il décide de lui écrire, ultime message comme lancé à la mer.
La lettre arrive ou n'arrive pas, mais il la suit désormais dans son parcours tandis qu''il replonge au c½ur de ses souffrances, de ses visions cauchemardesques, lui le pâle fantôme de son passé.
Magali, la Magali rêvée ou réelle, sa s½ur en souffrances, une autre mercenaire au service corps et âme de son entreprise. L''Entreprise, cet « être supérieur », dont elle n''est qu''un organe condamné à n''être plus qu''un déchet le jour où elle tenterait de lui échapper.
Mais il y a la lettre et ce qu''elle évoque, un instant peut-être d''éternité, une étreinte au bord d''une fontaine, un instant où la vérité de leurs êtres se tapit pour toujours. La rédemption ?
La structure du récit est magnifique, entrecroisant les temps, les points de vue, le "tu" de la narration et le « elle » de Magali, un « elle » qui pourrait être aussi bien réel qu''imaginaire, comme si le récit s''envolait hors de toute limite de temps et d'espace.
Il faut lire Jérôme Ferrari plutôt que d''en parler et tomber sous le charme de son écriture dense et ramassée, poétique, violente.
Un livre qui prend aux tripes.
Un vrai grand coup de coeur !