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Un si fragile vernis d'humanité : Banalité du mal, banalité du bien [Poche]

Michel Terestchenko
4.8 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (8 commentaires client)
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Description de l'ouvrage

18 septembre 2007 La Découverte/Poche (Livre 263)
On a pu espérer, un temps, que les monstruosités de la Seconde Guerre mondiale étaient derrière nous. Définitivement. Or partout, à nouveau, on massacre, on torture, on extermine. Comment comprendre cette facilité des hommes à entrer dans le mal ? Michel Terestchenko rouvre ici le débat, en complétant notamment la démonstration de Hannah Arendt. Héros ou salaud ? C'est toujours une décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté dans lequel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. Mais qu'est-ce qui explique cette décision ? C'est là où l'enquête de M. Terestchenko prend toute son ampleur. Elle montre combien est stérile l'opposition entre tenants de la thèse de l'égoïsme psychologique et défenseurs de l'hypothèse d'un altruisme sacrificiel. Ce n'est pas par " intérêt " que l'on tue ou que l'on torture. Ni par pur altruisme qu'on se refuse à l'abjection. Les travaux qui analysent les phénomènes de soumission à l'autorité, de conformisme de groupe ou de passivité face à des situations de détresse invitent à comprendre tout autrement les conduites de destructivité. Tirant les conclusions philosophiques de recherches récentes entreprises en psychologie sociale et s'appuyant sur certains exemples historiques particulièrement éclairants, l'auteur propose de penser les conduites humaines face au mal selon un nouveau paradigme : celui de l'absence ou de la présence à soi.

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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

On a pu croire ou espérer, un temps, que les monstruosités de la Seconde Guerre mondiale étaient derrière nous. Définitivement. Or partout, à nouveau, on massacre, on torture, on extermine. Comment comprendre cette facilité des hommes
entrer dans le mal ? La réponse à cette question devient chaque jour plus urgente. Michel Terestchenko rouvre ici le débat. D'abord, en complétant la démonstration de Hannah Arendt : de même que ce ne sont pas seulement des monstres qui basculent dans l'horreur mais des hommes ordinaires, trop ordinaires, de même, montre-t-il, il n'est pas besoin d'être un saint pour accomplir le juste et secourir des victimes au risque de sa vie. Héros ou salaud ? C'est toujours une petite décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté dans lequel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. Mais qu'est-ce qui explique cette décision ? C'est là où l'enquête de M. Terestchenko prend toute son ampleur. En procédant à une reconstitution critique du débat central de la philosophie morale depuis le XVIIe siècle, aujourd'hui relayé par la majorité des sociologues et des économistes, elle montre combien est stérile l'opposition entre tenants de la thèse de l'égoïsme psychologique et défenseurs de l'hypothèse d'un altruisme sacrificiel. Ce n'est pas par " intérêt " qu'on tue ou qu'on torture. Ni par pur altruisme qu'on se refuse à l'abjection. Les travaux qui analysent les phénomènes de soumission à l'autorité, de conformisme de groupe ou de passivité face à des
situations de détresse, invitent à comprendre tout autrement les conduites de destructivité. Tirant les conclusions philosophiques de recherches récentes entreprises en psychologie sociale et s'appuyant sur certains exemples historiques particulièrement éclairants - tel le cas de Franz Stangl, le commandant de Treblinka, ou, à l'opposé, les actions héroïques du pasteur André Trocmé et de sa femme
Magda au Chambon-sur-Lignon -, l'auteur propose de penser les conduites humaines face au mal selon un nouveau paradigme celui de l'absence ou de la présence à soi. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Biographie de l'auteur

Michel Terestchenko, maître de conférences de philosophie à l'université de Reims et à l'IEP d'Aix-en-Provence, est l'auteur de plusieurs ouvrages de philosophie politique (Philosophie politique, 2 vol., Hachette, 1994) et de philosophie morale (Amour et désespoir, Le Seuil, 2000). Il a également publié Les Complaisantes : Jonathan Littell et l'écriture du mal, avec Edouard Husson (éd. F.-G. de Guibert, 2007).

Détails sur le produit

  • Poche: 301 pages
  • Editeur : Editions La Découverte (18 septembre 2007)
  • Collection : La Découverte/Poche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2707153265
  • ISBN-13: 978-2707153265
  • Dimensions du produit: 19,2 x 12,4 x 2 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.8 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (8 commentaires client)
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5.0 étoiles sur 5 Une question cruciale, traitée avec brio. 22 avril 2008
Par Johan Rivalland TOP 100 COMMENTATEURS
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Je n'ai jamais oublié mon sujet de Philosophie au baccalauréat : « Le don peut-il être gratuit ou n'est-il qu'une simple forme de l'échange ? ». J'y ai souvent repensé, sans en avoir un jour une réponse structurée.
Les réflexions philosophiques qui mènent progressivement au sujet passionnant qui est au coeur de cet ouvrage me permettent enfin d'obtenir satisfaction. Partant du paradigme égoïste tel que formulé par Hobbes, La Rochefoucaud, Mandeville ou Bentham, dont il expose à la manière d'un professeur captivant les postulats fondamentaux, Michel Terestchenko montre en quoi il est critiquable, bien qu'ayant grandement influencé les sciences humaines contemporaines depuis plus de trois siècles. Selon ce paradigme, les conduites véritablement altruistes n'existeraient pas, les ressorts de la motivation apparaissant toujours tôt ou tard de nature intéressée.
Or, les exemples abondent de personnages exceptionnels ou même plus ordinaires qui, par leurs actes ou leur dévouement mettent à mal ces théories.
S'appuyant sur les travaux de Hutcheson, Hume, puis Adam Smith ou par extension Emmanuel Kant, notamment, l'auteur dépasse la « loi de l'amour-propre » fondée par La Rochefoucaud pour démontrer qu'il existe bel et bien des conduites réellement désintéressées.

La doctrine du sens moral d'Hutcheson, reposant sur la notion de bienveillance à l'égard d'autrui, qui constitue ce que l'on appelle une véritable vertu, à laquelle on peut ajouter les compassions, trouvent leur prolongement dans la notion de « générosité restreinte » de David Hume. Celle-ci, tout en démontrant la vision réductrice de la nature humaine centrée sur l'égoïsme, postule que les affections de bienveillance sont limitées essentiellement aux proches et s'atténuent fortement au fur et à mesure de l'éloignement de leur initiateur, rendant impossible une universalité de l'éthique du sentiment moral. Et c'est ce qui va permettre de déboucher sur une explication des phénomènes de passivité, de conformisme de groupe, de soumission à l'autorité, ou de destructivité, au caeur de cet ouvrage, qui tente d'analyser les raisons pour lesquelles des hommes pourtant ordinaires et nullement pervers peuvent, dans certaines situations, se mettre à massacrer, torturer ou exterminer d'autres humains. Une question qui peut être, pour la plupart d'entre-nous, obsédante.

Témoignages, cas pratiques et grands auteurs se succèdent pour mieux nourrir la réflexion, à l'image des plus grands criminels Nazis, dont certains comme Stangl, commandant du camp d'extermination de Tréblinka, pouvaient être tout à fait intelligents et aucunement malveillants, mais ce sont comportés comme de médiocres « fonctionnaires du mal » par passivité, peur, instinct de survie, ou simple obéissance aux ordres, se laissant entraîner progressivement dans une effroyable corruption de leur être alors que rien ne l'aurait laissé présager, ne parvenant pas à prendre conscience que « la responsabilité d'un homme ne porte pas seulement sur les intentions de sa volonté, mais sur la réalité des actes qu'il a commis, quelles que soient les contraintes, les menaces, les forces hostiles qui aient pu s'exercer sur lui ».
Effrayante « banalité du mal », comme l'avait déjà révélé pour la première fois Hannah Arendt dans ses excellentes analyses.
Le courage exceptionnel de désobéir à l'autorité ou au système est, en l'espèce, le seul gage de la non renonciation à sa véritable liberté, thème qui m'est particulièrement cher et guide la plupart des mes lectures.

On rejoint ici le thème de la nécessaire autorité, qui régit toute société , mais qui s'impose d'autant plus comme une norme difficile à contourner que l'on se situe dans un Etat bureaucratique, dédouanant chacun du sens de ses responsabilités personnelles, se sentant ainsi absout par le devoir d'obéissance au système et à la collectivité, ce qui débouche directement sur les conduites humaines de destructivité.
Très inquiétant, car rien ne permet de penser que des massacres ou génocides tels que ceux perpétrés dans de nombreux systèmes collectivistes d'obédience socialiste en particulier ne puissent se reproduire à tout moment. Débat qui renvoie une nouvelle fois à la conception de la liberté de l'homme et de l'appel à son sens des responsabilités, ainsi qu'à sa conscience (voir Sophie Scholl).
Il peut être utile, notamment, de prolonger la réflexion par la lecture du très intéressant « Socrate contre Antigone ? Le problème de l'obéissance à la loi inique en philosophie morale » de Thierry de Vingt-Hanaps, dont je tarde depuis longtemps à rédiger un commentaire.

Le retour de Michel Terestchenko sur les effroyables conclusions de l'expérience de Milgram (ainsi que sur celle de la prison de Stanford, développée au chapitre suivant), après en avoir rappelé les principes et les conditions, prouve d'ailleurs l'universalité de la propension humaine à obéir passivement et à infliger en certaines circonstances des souffrances à d'autres hommes, même si tous n'y succombent pas, dès lors que l'on se trouve notamment dans un univers clos (hôpitaux psychiatriques, prisons, armée, couvents, etc.), particulièrement propices aux dérives totalitaires.
Et la mise en pratique, à travers le terrifiant récit des déportations et massacres de Juifs polonais par le 101ème bataillon de réserve de police allemande entre juillet 1942 et novembre 1943, constitue une illustration de la capacité « d'hommes ordinaires » à se transformer en de froids tueurs obéissants et sans scrupules.

Je ne présente ici que la première partie de l'ouvrage, car la place me manque. La deuxième revient ensuite, à travers de nouveau de multiples exemples concrets et réflexions hautement philosophiques sur le débat altruisme, égoïsme et moralité, dont on peut encore tirer de multiples enseignements, cet ouvrage étant décidément une pure merveille, un vrai joyau, que je ne saurais que conseiller avec le plus grand enthousiasme.
On pourra, là encore, en prolonger la réflexion par la lecture du complexe « La vertu d'égoïsme » d'Ayn Rand.

Un ouvrage, vous l'aurez compris, absolument passionnant. A lire, pour mieux comprendre l'être humain et ses agissements et avoir une explication très fine et approfondie de ce qui motive les comportements à l'origine des meurtres de masse et des pires monstruosités que l'on connaisse.
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13 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Bibliophilette TOP 500 COMMENTATEURS VOIX VINE™
D'un côté les théories de la psychologie et de la psychologie sociale en particulier qui postulent que tout acte en apparence généreux a en fait une origine purement égoïste, puisqu'il a d'abord pour but de procurer de la satisfaction, du plaisir à celui qui le réalise et que c'est à ce titre qu'il le réalise. Consciemment ou inconsciemment toute réalisation humaine poursuit un profit, un intérêt, un bénéfice pour l'auteur de cette réalisation. Les conduites véritablement altruistes et désintéressées n'existeraient tout simplement pas.
De l'autre, de très nombreux exemples de générosité, de solidarité et de sympathie qui semblent dénués de tout bénéfice pour leurs auteurs et semblent contredire cette thèse. C'est ce paradoxe apparent que M. Terestchenko va tenter de questionner dans cet ouvrage qu'un journaliste du Monde qualifiait lors de sa publication "d'un des essais les plus remarquables de l'année."

Après avoir exposé dans les premiers chapitres, comment des hommes ordinaires peuvent dans certaines circonstances se transformer en instruments dociles, cruels et destructeurs, l'auteur tente de démontrer que les sentiments de bienveillance et de compassion existent aussi bel et bien. Ils peuvent s'exprimer lorsque que les individus réussissent notamment à se démarquer de la passivité et de l'inertie des masses. Cette résistance, cette opposition qui poussent à venir en aide aux plus démunis, à porter secours aux victimes, est possible quand les individus ont développé cette capacité à être "présents à soi". Notion complexe fort bien exposée par M. Terestchenko que l'on pourrait résumer par la capacité à mettre en congruence, à aligner ses pensées, ses convictions, ses paroles et ses actes. Les comportements altruistes résulteraient "d'un profond sentiment d'unité intérieure, d'une parfaite intégration des différentes composants de la personnalité humaine, à la fois subjectifs et rationnels".

L'engagement dans l'action, surtout quand il est plein de menaces (l'auteur utilisent des exemples de résistances exemplaires pendant la seconde guerre mondiale de personnes qui ont risqué leur vie pour en sauver d'autres) serait le fruit de personnes avec une forte autonomie personnelle qui ont développé à ce titre la capacité de résister, de protester contre l'ordre établi et le pouvoir en place. La résistance et la protestation comme des actes salvateurs. Voilà qui ne manque pas d'ouvrir à une réflexion passionnante dans notre monde moderne où la tendance semble être au contraire au suivisme aveugle. La personnalité altruiste émanerait d'individus conjuguant à la fois la capacité à considérer l'autre comme fondamentalement semblable à soi (pas de hiérarchie, pas de jugement de valeur) et une capacité d'indépendance par rapport à la société et à l'ordre du monde.

La réflexion de M. Terestchenko est riche, dense et passionnante. Un livre pas banal...
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 passionnant 13 mars 2013
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Ce livre s'adresse à tous, il montre avec précision le terrible engrenage du mal qui peut conduire les gens à devenir des bourreaux,. Les exemples sont choisis dans l'histoire, dans les expériences de psychologie, en particulier la célèbre expérience de Stanley Milgram. Mais ce n'est pas tout, ce livre montre aussi comment des gens ordinaires qui ne sont pas particulièrement héroïques peuvent le devenir, sans pour autant avoir un projet héroïque comme guide. Les exemples sont nombreux, les références philosophiques aussi, Michel Terestchenko attire avec générosité et bienveillance l'attention du lecteur, sans jamais tomber dans un discours moralisateur facile et si banal aujourd'hui: à chacun de forger son opinion.
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