Le livre de Christophe Mouton a fait l'objet d'une jolie couverture médiatique lors de sa récente sortie, nombreux médias ayant loué ce roman. Effectivement, le pitch était ô combien prometteur : l'adaptation des "règles" des marchés économiques actuels aux "règles" (dans les deux cas les guillemets sont de mises !) régissant les rapports hommes / femmes, voilà qui apparaissait par avance savoureux.
Le livre installe directement le lecteur dans l'ambiance : le narrateur, un certain Thomas Loiseau, vient de se faire larguer par sa désormais ex- qui est partie se réfugier dans les bras d'un gros c** de trader (ce qui est un pléonasme pour le narrateur !) le laissant seul avec ses doutes. Rapidement, il analyse les raisons de son échec avec celle qu'il pensait être sa future épouse-mère de ses enfants-canne pour ses vieux jours. S'axant sur ses connaissances et sur ce qui nous entoure (nous asphyxie ?) chaque jour un peu plus, c'est-à-dire le modèle socio-économique dominant basé sur la rentabilité, le paraître, le productivisme, etc., le narrateur va mettre en place un système de calculs mathématiques permettant de comprendre les domaines dans lesquels il pèche, et surtout de voir avec quelle fille il peut espérer avoir une relation sérieuse ("je vaux 387,5 points selon mon barème, et elle ?").
C'est exactement cette partie du livre qui constitue la force du bouquin et permet au lecteur de bien s'amuser du discours tristement cynique et mathématisé (voir la citation magnifique de Galilée au début de l'ouvrage). Ici, Christophe Mouton réalise une partie splendide, sans aucune fausse note. Le ton est drôle et juste et il joue avec les clichés pour mieux divertir son lectorat, tout en ne sombrant jamais dans la facilité "gaudriolesque".
Malheureusement, le roman perd largement de son intérêt au-delà de la page 110, à partir du moment où le narrateur se décide à élaborer une stratégie pour conquérir SA fille parfaite. Les rapprochements littéraires (Casanova, Valmont) n'apportent que peu d'intérêt, l'écriture de l'auteur se complexifie d'autant, et ce dernier se lance dans des aphorismes frisant trop souvent le ridicule pour ne pas y tomber quelques fois. Cela ternit considérablement l'avis que le lecteur avait pu se faire sur le livre jusque-là, celui-ci perdant toute distance avec son sujet et terminant presque de manière un peu "fleur bleue". Certes, le cynisme en amour n'est que rarement bon conseiller, et le lecteur imagine bien l'idée forte de fond chez Mouton : l'amour et les relations amoureuses ne doivent pas céder aux prismes de l'économie de marché. Mais si le propos est judicieux, la manière dont l'auteur l'assène dans la dernière partie du livre n'est pas forcément des plus adéquates. On peut imaginer qu'une démonstration par l'absurde (telle qu'elle est parfaitement réalisée au début) aurait probablement eu plus d'impact, laissant de côté les péroraisons théoriques romantiques de Christophe Mouton.