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Un guerrier d'occasion : Journal illustré du fantassin Pierre Perrin (1914-1918) Broché – 18 avril 2012


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Extrait

LA MOBILISATION

3 août. Rigny. Six heures du matin. Henri et moi rejoignons les partants à la gare. Nous sommes seuls, les parents n'ayant pas voulu assister au départ. On parle peu, et à peine de la guerre qu'on sent inévitable. Les voix tremblent un peu, de la fraîcheur du matin, et aussi d'émotion. Chacun se demande tout bas quels sont ceux qui ne reviendront pas. Quelques gradés sont en uniforme. Certains enlèvent déjà faux col et cravate, comme encombrants. Le train siffle au passage à niveau, le chef de gare nous tend la main en nous disant au revoir et la plupart montent pour la direction d'Étang. À chaque gare, de nouveaux partants se joignent à nous. À Gueugnon, je retrouve mes camarades de l'année dernière, aux grandes manoeuvres. À Étang, Henri prend le train pour Autun et je continue sur Chagny. Montceau, Le Creusot, Montchanin nous envoient de bruyants renforts. Tout le train chante à travers la campagne où des vieux nous crient des mots qu'on ne peut entendre. Nous traversons, chantant toujours, les agglomérations ouvrières où la foule, qui fait la haie, pleure et crie tout ensemble. À Dijon, il y a foule devant les dépêches affichées au Progrès. De la caserne, on me dirige sur l'école de commerce, cantonnement de ma compagnie, la 2e, où je retrouve avec plaisir Toussaint, Chaumont, Nobard et beaucoup d'anciens de la compagnie. On a l'impression de se retrouver pour une période de réserve. Vacances interrompues, voyages ratés ou écourtés, nouvelles des absents. Tout cela se mêle aux préoccupations d'achats à faire pour le départ.
La guerre est certaine maintenant. On s'aborde joyeusement, on se prépare avec enthousiasme, et chacun s'ingénie à alléger son sac.

4 août. Je retrouve Largy qui m'offre un lit à sommier métallique et un matelas. Nous nous enfermons dans la chambre pendant que le locataire du lit dérobé secoue furieusement la porte. Nous échangeons des prévisions sur la durée de la campagne et tombons d'accord pour la fin avant Noël.

5 août. Je suis affecté à la 11e escouade, celle de mes deux ans d'activé et de ma période de réserve de 1913. Nous retrouvons quelques retardataires qui seront affectés au 227e, entre autres deux antimilitaristes, avec qui j'ai souvent discuté au temps de l'active ; l'un d'eux est typographe au journal L'Anarchie. Ils sont aussi décidés que tout le monde et paraissent même un peu penauds d'avoir changé si brusquement de peau. Rassemblement pour le départ sur le cours Fleury, devant l'école. Les Dijonnais sont venus en foule. Civils et soldats se mêlent pendant que circulent des journaux et que refleurissent les canons des fusils. Un homme de la compagnie, Farion, lit l'avenir dans les mains. Il a prédit qu'il serait un des premiers morts de la compagnie et sa prédiction s'est réalisée. On m'y traîne et il me prédit une blessure non mortelle. On sonne le rassemblement pour le Salut au drapeau et la colonne s'ébranle, à travers une double haie de civils. À la gare, l'ordre est donné d'enlever les fleurs des fusils, «ni fleurs ni couronnes» lance un loustic. Mais les parents et amis des partants continuent de nous en donner, et nous ne savons plus où les mettre.

Biographie de l'auteur

Gilles Laurendon est romancier, écrivain et éditeur. Il a préparé, annoté et préfacé ce livre à partir des carnets et des dessins originaux conservés dans la famille Perrin.


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