Extrait
Le parking était comble. Philippe Julliard était en retard. Il fit le tour de la place bordée de chênes. Des véhicules éparpillés l'empêchaient de se garer. Il trouva un bout de trottoir où il abandonna sa voiture, indifférent à son sort.
Il se souvint soudain de la joie qu'il avait éprouvée le jour où il l'avait conduite pour la première fois. Le ronronnement du moteur, le bonheur presque sensuel de ses mains sur le volant et sur le changement de vitesse en bois blond, l'impression de souplesse et de rapidité mêlées lorsqu'il appuyait sur l'accélérateur. C'était il y a trois ans. Il avait été heureux d'exhiber son nouveau jouet. Il avait senti en lui une vague chaleur lorsqu'il l'avait parquée devant l'Université, à côté des voitures grises et tristes de ses collègues. Il se souvint aussi de l'été qui avait suivi, des vacances passées en Provence, avec Anne, Marie et Coralie, de la joie intense de rouler sur des routes de campagne ensoleillées, les cheveux au vent. La vie était alors si simple.
Ces plaisirs s'étaient dissipés, évadés, comme tant d'autres.
Il sortit de la voiture. Une pluie fine s'abattait sur la ville. Il traversa la place, se faufilant entre des véhicules parqués dans le désordre. Deux hommes l'attendaient sous le porche de l'hôtel de ville. C'était un de ces édifices majestueux, construits à la fin du siècle dernier, avec des matériaux prestigieux, des colonnes de marbre, des boiseries sombres, des lambris, des dorures, de hauts plafonds. Tout y était grand, presque excessif. Une de ces constructions pompeuses qui devaient témoigner de la grandeur et de la force des pouvoirs publics. Il ne fallait pas laisser aux églises l'apanage du lustre et du grandiose. Philippe Julliard aimait, sans l'avouer, ce style de bâtiment, comme il était troublé par un hymne national. Il était un enfant de la laïcité et de la République et il en éprouvait une fierté pudique. Cette fois, cependant, il ne prêta guère d'attention au décor et entra dans l'hôtel de ville.
Les organisateurs l'avaient attendu avec fébrilité, craignant de devoir faire patienter la centaine de personnes venue l'écouter, et au pire de devoir informer l'assistance qu'elle s'était déplacée en vain. Philippe Julliard leur serra furtivement la main, sans les regarder. Il balbutia quelques excuses, justifiant son retard sans se préoccuper de savoir s'il était compris, ou même entendu. Il était morose, inquiet, figé dans une seule question muette : serait-elle là ?
Présentation de l'éditeur
Philippe Julliard mène une existence brillante, entre politique et magistrature, mondanités et dossiers. Tout semble réussir à ce jeune loup, avocat des puissants rattrapés par les affaires. La rencontre fortuite d'une journaliste aussi insaisissable qu'intransigeante va réveiller en lui des désirs et des sensations depuis longtemps oubliés. Il mettra un an à se dépouiller des scories de l'apparence et à comprendre qu'il ne peut plier l'existence de celles qu'il aime à sa seule volonté. Ce roman vient d'être adapté à l'écran, sous le titre Avec le temps..., par le réalisateur Marian Handwerker, sur un scénario de Luc Jabon, avec Vincent Perez, Christian Crahay et Lizzie Brocheré.