Après la chute de l'URSS et pendant toute l'ère Eltsine qui l'a suivi, la Russie vit un véritable chaos économique, après que Boris Eltsine ait décrété l'économie de marché du jour au lendemain comme Lénine la propriété collective en son temps.
Après sa victoire, profitant du vide juridique et du flou ambiant, quelques opportunistes malins et / ou bien placés mettent le grappin pour une bouchée de pain sur les entreprises et monopoles d'état pour en faire des consortiums privés, s'approprient des méga-combinats pour une poignée de roubles, privatisent des pans entiers du secteur public de l'ex-URSS : c'est cette confrérie qui s'est rendue célèbre sous le nom d'oligarques, installant en quelques mois une véritable mafia, créant de gigantesques empires sur les décombres de l'ex-empire...
Dans ce contexte, Platon Makovski et quatre de ses brillants amis universitaires mettent de côté leurs études pour s'engager dans la voie du business et des combines douteuses à la limite de la légalité, dans lesquelles ils révèlent vite un rare talent, jusqu'à se forger une immense fortune et s'attirer la jalousie du Kremlin et des anciens maîtres du pays...
Après "La noce" et "Taxi blues", Pavel Loungine traite avec ce nouveau film de la brutale transition qu'a connue la Russie après la perestroïka. Inspiré du roman de Youri Doubov "Bolchaïa pajka", ce thriller politique est conçu sous la forme d'une enquête qui cherche à démasquer l'auteur de l'attentat raté contre Platon Makovski, devenu PDG d'Infokar. Même si la structure du film peut indisposer avec ses flash-back permanents, il reste captivant et on comprend mieux le contexte de l'apparition de la classe des "nouveaux Russes" : anciens membres de la nomenklatura communiste, vétérans d'Afghanistan, chefs de gangs miteux, chacun pouvait se tailler son petit fief à condition d'avoir du charisme, une paire bien accrochée, et de savoir jouer un subtil jeu d'alliances et de trahisons...
La distribution est impeccable et Vladimir Machkov ("The quickie", "En territoire ennemi"...) en oligarque charismatique, signe assure ici une de ses meilleures prestations, bien accompagné par sa bande de roublards Levani Outchaneïchvili (Larry), Mikhaïl Wasserbaum (Mark), Sergeï Youchkevitch (Viktor) et Alexandre Samoïlenko (Moussa). Signalons également la prestation parfaite de Maria Mironova (Maria), déjà partenaire de Machkov dans "La fille du capitaine" d'Alexandre Prochkine, ainsi que des personnages secondaires comme Andreï Krasko (Chmakov) ou Alexandre Balouïev (Koretski). Et surtout ne pas manquer "Ahmet l'Ouzbek".
Pour couronner le tout, la bande originale aux accents nostalgique est magnifique. Il est regrettable que "Un nouveau Russe" ne soit pas encore davantage vu ni connu. Bien qu'ayant remporté le prix spécial du jury au 21ème festival du film policier de Cognac 2003, il mériterait à coup sûr de remporter bien d'autres distinctions internationales.
A voir absolument pour se rendre compte de l'ambiance surréaliste qu'a connu la Russie dans les années 90, une époque totalement déconcertante où absolument tout pouvait s'acheter ou se vendre, et qui a plongé ce pays dans la loi de la jungle pour une bonne décennie...