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8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Sa jeunesse est un roman, 8 mars 2005
En un récit de 120 pages, Modiano concentre la période de sa vie qui va de sa naissance à sa majorité en 1966, alors légale à 21 ans. Il entreprend une mise au point, très probablement nécessaire de ses relations avec ses parents tout en abordant en filigrane -art dans lequel l'auteur excelle- sa formation littéraire et le cheminement qui l'a progressivement conduit à devenir écrivain. Cette jeunesse est un roman en soi et l'auteur en devient un véritable héros. Personnage encombrant balotté de pension en pension entre un père, aux affaires troubles, qui cherche à l'éloigner le plus possible dont l'ambition qu'il semble forger pour son fils ne sert que d'alibi supplémentaire à cet éloignement; une mère actrice toujours entre deux rôles et constamment fauchée, l'auteur-narrateur-héros se cherche une identité. Modiano naît dans une époque trouble(1945) qui semble justement troubler tout le reste de son existence et ses relations avec ses parents. L'auteur ne cherche pas une vengeance, ne cherche pas à accuser mais plutôt à expliquer. Ce père qui rencontre des tas de gens dans les cafés et multiplient les maîtresses est un grand solitaire. A l'opposé, sa mère recherche des contacts pour ses rôles dans le milieu tout aussi louche du cinéma, profitant parfois des faibles revenus de son fils lorsque celui-ci gagnera quelques billets. Il ne peut même plus compter sur son frère qui meurt en 1957 pour faire front commun. Chaque épisode de ce récit est jalonné de paragraphes qui sont autant de romans ou de passages de romans que Modiano a déjà écrit, ils agissent comme un flashback de son oeuvre et son originalité, justement est d'écrire sur sa jeunesse avec une carrière littéraire déjà bien établie, à l'inverse d'autres auteurs. Ainsi l'épisode p.61 "mémoire et oubli" dus à l'éther, est largement développé dans le roman précédent, accident nocturne. Se mêlent bien sûr des descriptions du Paris des années cinquante où l'on croise Queneau, où l'on a l'occasion de voir la collection des disques de Boris Vian, époque bénie pour un petit parisien sensible, car il aura au moins cette chance de croiser du beau monde. On note tout ce que ce récit a de poignant au détour de phrases simples et précises. Le décor est souvent voué à la pluie, à la brume mais aussi à la neige protectrice, allégorie du cocon de la littérature-refuge. En résumé, voilà un récit très concentré, voyage en amnésie pour l'auteur, entre train et grisaille, mais qui n'a pas son pareil pour camper la brume, la solitude, la recherche de soi.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Une petite lecture plaisante, 6 novembre 2006
Lecture plaisante que ce petit ouvrage qui livre l'autobiographie des vingt première années de l'auteur.
Au départ, la généalogie presque exhaustive de l'auteur peut rebuter : une suite de noms, aux consonances exotiques et mystérieuses, au parfum suranné des années d'avant-guerre qui ne parlent malheureusement pas au lecteur mais qui permettent à Modiano de poser ses racines.
Une fois passées ces pages, Modiano livre alors des instants de sa jeunesse par bribes, comme un patchwork des vingt première années de sa vie. Et certains passages sont touchants, émouvants parfois: une mère presque toujours absente, qui veille encore moins sur ses garçons que sur un chow-chow, qu'elle abandonne au soin des autres. Un père qui est véritablement un personnage : mystérieux, fripon, charmeur, homme d'affaire, rêveur... un être visiblement complexe dont on a du mal à cerner les projets et les attentes. La mort de son frère Rudy, évoquée pudiquement sur quelques lignes... Les moments s'enchaînent avec simplicité, sautent d'une image à une autre comme la mémoire peut le faire quand on essaie de se rappeler de quelque chose et qu'un souvenir en appelle un autre.
Il ne semble pas il y avoir de recherche particulière dans le style ni de maniérisme dans l'évocation des souvenirs. C'est livré naturellement, presque avec naïveté et c'est cela sans doute qui émeut ; ça se lit dune traite, en une heure et ça laisse dans l'esprit comme un vague à l'âme...Le temps passe, chaque être vit, dans une époque donnée, des événements uniques qui le constituent, mais derrière le détail particulier de chacun, c'est parfois l'universalité des sentiments qui s'exprime et qui résonne en écho chez le lecteur.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Les vingt premières années de l'auteur, 17 février 2005
Dans ce mince volume, M. Modiano, qui fête cette années ses soixante ans, livre au lecteur les souvenirs romancés relatant les vingt premières années de sa vie avant de devenir un homme de lettres. Cette époque s'étend depuis sa naissance le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt jusqu'à juin 1967, année où son premier roman a été accepté. Ses parents se rencontrent pendant l'occupation: une mère flamande, actrice de piètre talent et un père juif, intransigeant de caractère et qui évolue dans "le monde trouble de la clandestinité et du marché noir", président de l'obscure "Compagnie financière Mocupia". A la question "Vous avez des parents?" posée par une doctoresse à Annecy, le collégien qu'est Patrick ne trouve pas de réponse, se retenant avec peine de fondre en larmes. Patrick est donc condamné à une vie pénible en internat où il "crève de faim", ses parents ne lui apportent aucun soutien moral et le laissent "dos au mur". L'originalité de cet ouvrage réside moins dans son sujet - enfance désastreuse, jeunesse gâchée - que dans le fait que l'auteur se pose en observateur détaché, refusant de condamner, d'expliquer, de comprendre ou de justifier ses parents. "Rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur. Je rédige ces pages comme on rédige un contrat, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la mienne." Le lecteur ressent ici la même mélancolie, la même tristesse que dans les romans de M. Modiano. On retrouve d'ailleurs dans "Un pedigree" des expressions telles que "quartier perdu" ou "dimanche d'août" qui sont, on s'en souvient bien, le titre de romans de l'auteur.
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