Beigbeder a eu une enfance protégée et joue aux grands naïfs qui découvrirait la vie de la nuit et de la rue, où drogue et meurtre s'épouse parfois. On a tué pour 99 Francs aussi en France et à cause de la drogue. Ce n'est pas pour rien qu'il y a une loi en France. Cela ferait un bon sujet de philo.
Le procureur de la république qu'il critique, a sans doute voulu l'aider à sa manière en le mettant en garde à vue une nuit de plus, le rendre à la raison de son inconscience. Les procureurs de la République travaillent contre la criminalité et luttent pour une société meilleure. C'est l'un des métiers les plus difficiles qui soit et qui mérite notre admiration à tous.
L'autre question intéressante que soulève ce livre est qu'il prouve que d'une part on peut consommer de la cocaïne en France sans être puni, et d'autre part que l'on peut s'afficher publiquement de la faire sans encourir aucune peine. Beigbeder en fait ici l'apologie et la publicité.
Sur ce point, je pense que Beigbeder aurait mieux fait de faire profil bas et enterrer cette histoire plutôt que d'en faire étalage dans un roman qui méritait mieux que ça. C'est le côté "archi-nullissime" (expression à la Beigbeder) de ce roman. Je réprouve ses propos et commentaires qui me font penser à un ado attardé.
J'ai lu tous les livres de Beigbeder sans pour autant avoir tout aimé, loin s'en faut. Ce nouveau roman du genre confession se place dans la ligné de "L'amour dure trois ans" qui fut, selon moi, le meilleur roman que l'auteur n'ait jamais écrit à ce jour.
Les romans de Beigbeder démarrent toujours avec enchantement, formules vendeuses et bien tournées, on se laisse prendre par un style littéraire accrocheur et simple. La suite n'est pas toujours à la hauteur.
Ici, l'histoire est celle de l'auteur, autobiographie, nombrilisme assuré. Ce que je lui reproche encore c'est de ne pas oser aller au fond de sa propre vérité. Freud prétendait que l'on passe son temps à se mentir à soi même. Il me semble que l'histoire est trop arrangeante et sage pour que ce soit la vraie version. Je crois même qu'elle sert de prétexte à l'auteur pour se racheter une image publique après ses déboires d'une soirée trop saupoudrée.
Pour preuve, je cite l'auteur lui même:
"ma vie est une énigme policière où le baume du souvenir enjolive, en la déformant, chaque pièce à conviction."
"...dans un roman, l'histoire est un prétexte, un canevas; l'important c'est l'homme qu'on sent derrière, la personne qui nous parle. [...] Depuis je n'ai cessé d'utiliser la lecture comme un moyen de faire disparaître le temps, et l'écriture comme un moyen de le retenir."
L'autre aspect qui m'étonne toujours est le manque d'assurance de l'auteur qui le pousse à se rassurer en vantant sans cesse ses mérites. On veut bien l'excuser sans manquer de se dire que ce descendant d'Hugues Capet manque franchement d'humilité!
OK, Beigbeder écrit facilement et plutôt bien, à condition d'enlever l'histoire et les idées auxquelles je n'adhère pas. J'aime bien son côté poète qui fait néanmoins tant défaut dans ses romans. Beigbeder manque dramatiquement de profondeur pour parvenir à écrire de grands romans qui fassent la différence. Pourquoi écrit-il toujours sur lui? Pourquoi n'écrirait-il pas sur les conditions horribles des prisons françaises, il y a pourtant été sensibilisé et le déclare lui même. Au moins ça le grandirait aux yeux de beaucoup et lui donnerait une image plus sympathique que celle qui lui colle encore à la peau.
Le point positif: Ce roman se lit vite et facilement. Du coup, parce que c'est franchement plus sympa que son précédent roman ("Au secours, fuyez moi, pardon"), j'ai mis trois étoiles, en espérant sincèrement que la prochaine fois j'en mettrai 5.