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Carlo Ginzburg, nous précise la 4° de couverture, est un des historiens contemporains les plus importants et un des plus éminents représentants de la "micro-histoire".

"S'il ne fallait retenir qu'un objet dans l'oeuvre de Carlo Ginzburg, ce serait le procès. Les procès en sorcellerie ou en hérésie ("Les batailles nocturnes, en 1966, "Le fromage et les vers" en 1976, "Le sabbat des sorcières" en 1989) constituent la pièce majeure de l'historien italien". (avant-propos).

Carlo Ginzburg est un artiste de la minutie, du détail, à la recherche de la preuve, de la compréhension de celle-ci dans un univers historique qui l'a produite. L'auteur s'érige contre "l'abandon de la preuve en histoire" et insiste sur la nécessaire compréhension de la "valeur relative des documents et des mythes".

Relayant l'analyse de Pierre Vidal-Naquet ( Les assassins de la mémoire : Un Eichmann de papier - commenté sur ce site) contre le négationnisme professé par Faurisson, Carlo Ginzburg rappelle ce fondement :

Quand les divergences intellectuelles et morales ne sont pas reliées en dernière analyse à la vérité, il n'y a rien à tolérer". [car / en effet] "La réalité ("la chose en soi") existe".

Dégageant la futilité des démarches relativiste, sceptique, des historiens Hayden White et Gentile, l'auteur frappe en rappelant cette vérité criée par Primo Levi (Si c'est un homme - que le lecteur qui ne l'a pas encore lu soit pardonné, si, et seulement si, il s'engage sur le champ à le lire de manière pressante) :

"Le besoin de raconter "aux autres", de faire participer les "autres" avait acquis chez nous, avant comme après notre libération, la violence d'une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires".

Carlo Ginzburg conclue : "Comme l'a montré Benveniste, un des mots latins qui signifient "témoin" est superstes - le survivant."

Quelle est la méthode de l'historien ?

"Il faut partir du sable dans l'engrenage. Si on prend les règles pour point de départ, on risque de tomber dans l'illusion qu'elles fonctionnent, et de passer à côté des anomalies. Mais si on part des anomalies, des dysfonctionnements, on trouve aussi les règles, parce qu'elles y sont impliquées."

Pour mémoire, j'ai apprécié la dimension supplémentaire ajoutée à l'analyse de René Girard (non nommé, mais évoqué) sur le bouc émissaire. Ce n'est pas tout de comprendre un mécanisme de violence mimétique dont l'exutoire est le massacre de l'étranger, de celui qui est "différent" (sacré ensuite après le meurtre - l'origine des mythes), mais encore faut-il comprendre ce qui y a concouru, comment les juges (ici dans l'Inquisition) comprenaient leurs victimes.

Cet ouvrage m'a invité à en lire d'autres de cet auteur à l'intelligence vive. Vais-je ainsi pouvoir acquérir "Mythes, emblèmes, traces", indisponible à la vente ?
22 commentaires3 sur 4 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 15 décembre 2009
Depuis Mythes, Emblèmes, Traces, Carlo Ginzburg nous enchante avec des textes d'une grande intelligence, qui traitent, certes de problèmes historiographiques, mais, aussi de problèmes que devraient se poser d'autres sciences sociales et humaines, comme la mienne, la sociologie.
Dans ce livre, c'est à la possibilité, comme un chasseur ou un paléontologue, de saisir le temps passé grâce à l'interprétation de traces ténues, que s'attaque encore une fois le grand Carlo. Comme pour lui "le passé est toujours contradictoire", s'il ne trouve pas trace de celle-ci, la méfiance l'envahit. Et il nous conte la lutte contre la facilité qui pourrait le saisir s'il ne faisait pas attention, facilité qui peut séduire certains de ses collègues. En somme, il fait sienne la remarque de Clausewitz au Kronprinz son élève : "Dans leur exposition,les historiens se fixent rarement comme but la vérité ; ils veulent ordinairement embellir les faits et gestes de leur armée (..) Ils font l'histoire au lieu de l'écrire."
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