Lorsque Remarque écrit ce livre, la seconde guerre mondiale (qu'il n'a pas vécue sur le front) est terminée depuis près d'une décennie. Pourtant alors que se reconstruit la moitié occidentale de l'Allemagne, il croit lire dans les actualités des années cinquante le blanchiment des crimes des années noires, la réhabilitation des "salopards". C'en est trop, il faut remettre les pendules à l'heure.
Guidée par sa brève mais néanmoins ô combien juste expérience de la guerre totale en 1917, et s'appuyant sur la connaissance intime de ses contemporains, de leurs travers, de leur sadisme, de leur violence, de leur lacheté mais aussi parfois de leur courage, il prend la plume pour vous plonger au coeur de l'empire hitlérien finissant.
Vous suivrez donc le récit d'un héros attachant, soldat en permission d'une armée en déroute où l'ennemi sert avant tout de victime expiatoire pour le sadisme tudesque d'une jeunesse sans remord. C'est un soldat qui fait son devoir, mais qui là pour le coup ne le comprend plus du tout (certains diront que c'est un peu tard.. mais en fait c'est assez symptomatique de l'époque donc finalement assez juste).
En rentrant à l'arrière tout est dévasté, les villes, les gens. Et sur ce chaos fou et nihiliste, règnent la SS, crainte de tous, et les derniers SA profiteurs, des braves types pour certains, des salopards avant tout mais le héros préfère ne pas le voir (même si l'auteur lui le donne à voir). L'amour se trouve aussi au détour d'une ruine alors que les bombardements aveugles et vengeurs tuent au hasard les victimes, parfois innocentes mais pas toujours, qui grouillent encore dans ces villes noires. Et cette ville en ruine est comme un rappel des crimes des armées allemandes dans l'est du continent depuis trop d'années.
La violence, l'ennui sont là. Les arrestations, les capos, les bons copains de caserne, les déportés, les morts disparus, le dernier juif. Il les croise tous tour à tour jusqu'au moment ou tout deviendra insuportable. Je vous laisse découvrir comment, de retour sur le front, les jeux sadiques sur les Ivans (qui pendant tant de mois lui ont paru sans intérêt) vont devenir insuportables à ce jeune soldat. Mais s'il veut s'en débarraser il devra payer le prix fort car dans ce monde de haine il n'est nul pardon, nulle rédemption, que l'oubli.
Un très bon remarque.