Voici l'histoire étrange d'une jeune femme, nommé Clara, fortement diplômée, émigrée volontaire vers ce qui lui semble le plus loin de ses souffrances, la Norvège.
Prise en charge par plusieurs hommes, son "patron" un scientifique bienveillant, un kiné, accordeur de corps, et un peintre, transcipteur d'âme, cette femme qu'on imagine frêle et brisée, retrouve un semblant de vie entre les mains de ces différents hommes qui s'occupent d'elle. Le scientifique assure une vision très paternaliste, le kiné tente de défroisser (selon les leçons apprises de son propre père) le corps de Clara tordu de douleurs multiples, le peintre enfin parviendra à exprimer sur la toile les méandres tortueux du psyché de Clara tout aussi fragile et blessé que son corps diaphane. Au fil des pages se dévoilent les causes profondes de ces blessures cachées par l'héroïne.
Au final l'entreprise réussira en quelque sorte, et Clara trouvera la force d'avancer plus au Nord pour la science, son corps et son destin.
Les thèmes chers à E.Fottorino s'expriment dans ce livre : les racines Nord africaines, le père omniprésent (le masseur, et le père du masseur), l'amour maternel-paternel dont les affres influent une vie entière, la difficulté d'être soi quand le destin vous a malmené.
Les plus : une belle histoire sobre, construite, couleur des fjords norvégiens, mi teinte entre le soleil-espoir, et le brouillard -despespoir, des personnages très crédibles, palpables, les farces du destin.
Les moins : le côté un peu travaillé de l'apprentissage de la guérison des maux du corps (et de l'âme) par les mains du kinésithérapeute (dont il ne fait aucun mystère que c'est la leçon reçue par le petit Fottorino de son propre père) et la fin un peu éliptique. Peut être le trait un peu forcé pour les personnages qui ont fait le malheur de Clara.