Chester's Mill, une petite ville de 2000 habitants du nord-est des Etats-Unis, dans l'Etat du Maine, est soudainement coupée du reste du monde, et ses habitants avec (certains de ceux-ci se retrouvent à l'extérieur, sans ne plus pouvoir rentrer chez eux). La raison de cette coupure ? Un gigantesque dome transparent, sorte de cloche à fromage, infranchissable... Alors que la panique commence à gagner la ville, divers héros et méchants apparaissent dans le récit pour y jouer un rôle important.
Qu'est-ce que le dôme ? Pourquoi est-il là ? La ville survivra-t-elle ?
Telles sont les questions de ce dernier récit de Stephen King, un long récit, délirant et véritablement fascinant, pas très éloigné d'un thème à la Philip K. Dick.
Il s'agit probablement du plus ambitieux roman de l'auteur. Lors de sa lecture, je me suis constamment posé des questions sur les motivations profondes derrière cette histoire trompeusement simple. Ainsi que c'est la cas avec les meilleurs romans des genres fantastique et science-fiction, il ne s'agit pas d'une simple histoire de monstre en liberté et cherchant des proies. Ici, ce qui intéresse assez clairement Stephen King - et nous autres lecteurs - est le comportement de gens ordinaires lorsque ceux-ci se trouvent placés dans une étonnante et improbable situation de ce genre. En vivant par procuration les comportements des différents protagonistes de ce récit, nous nous voyons nous-mêmes, tels que nous réagirions en une telle circonstance - à situation extrême, comportements extrêmes, irrationnels, totalement inattendus... Voilà où doit être trouvée la performance et l'art de « Under the Dome ».
Cela fait maintenant 35 ans que je lis les romans de Stephen King, et, comme beaucoup, j'ai toujours été impressionné par les récits de cet auteur. Mais « Under the Dome » appartient désormais à ces quelques uns dont la portée va bien au-delà du simple récit de fiction écrit juste pour faire passer un agréable moment. J'augure que certains compareront inévitablement « Under the Dome » à « The Stand » parce que ce dernier parle justement des horreurs du monde ordinaire, que nous côtoyons quotidiennement, sans même plus nous en rendre compte, parfois. Et oui, laissez tomber les fantômes, les vampires et les monstres venus de l'espace, car il n'est rien de plus terrible que ce que les êtres humains sont capables de faire à d'autres. Stephen King le sait bien, et c'est là la raison pour laquelle ses histoires se vendent si bien, et ne cèdent jamais au ridicule. Durant sa longue carrière, Stephen King a rarement été aussi talentueux qu'avec ce récit.
« Under the Dome » est une histoire au rythme rapide et dans laquelle on est projeté dès les toutes premières pages, sans préambule - une histoire horrible, bien sûr - et qui ouvre la porte, à mon sens, d'un genre nouveau et sophistiqué qui a été également marqué cette année par l'étonnant et monumental thriller « Grandoria », de Dominique Raymond Poirier (curieusement en français, mais vendu seulement depuis Amazon U.S.(?)) qui parle de la fuite d'un homme perdu au milieu d'un pays tout entier qui devient fou. Exactement comme cela se produit dans « Grandoria » (le nom d'un pays imaginaire d'Europe de l'Ouest dans cet autre récit), mais pour des raisons différentes, Chester's Mill devient une marmite noire fumante contenant tout à la fois le meurtre, la corruption, la conspiration, et une peur qui en arrive à devenir de l'épouvante. Tout comme l'est « Grandoria », « Under the Dome » n'est pas un livre vraiment facile à lire, et pas seulement à cause de son imposante taille. Les familiers de Stephen King ne seront pas trop surpris de trouver un peu de langage grossier et de sexe, dérangeant dans quelques cas puisqu'il y a dans « Under the Dome » une scène de viol collectif, et un peu de nécrophilie au passage. La violence y abonde, l'usage de la drogue y est présent, et les exemples de gens en traitant d'autres d'horrible manière sont particulièrement nombreux. Dans « Under the Dome », on découvre que la seule chose qui se produira toujours, c'est le pire... Exactement comme dans « Grandoria », mais dans « Under the Dome » pour une raison tout de même fantastiques, cette histoire parle de ce qui est mauvais en l'être humain, et cela place le lecteur dans une position d'autant plus inconfortable parce que ça sonne vrai...
Je donne cinq étoiles à « Under the Dome » et j'en aurais donné six, si cela était possible. C'est à mon sens l'un des meilleurs, sinon le meilleur des récits fantastiques de ces dix dernières années (et encore, je me demande auquel je donnerais ce titre plutôt qu'à « Under the Dome » avant cela.