C'est en effet la trame du film du cinéaste serbe Emir Kusturica qui a obtenu la palme d'or au festival de Cannes de 1995 : raconter l'histoire torturée de la Serbie depuis la Deuxième Guerre mondiale à travers un groupe d'une vingtaine de personnes réfugiées dans une cave afin de se protéger des nazis qui occupent le pays. Seulement voilà, quinze ans après la fin de la guerre, ils sont toujours dans la cave, pensant que la guerre fait encore rage au dessus de leurs têtes. Et tout cela car l'un d'eux, Marko, opportuniste, a fait carrière dans le parti communiste dirigé par Tito, et continue de s'enrichir en faisant fabriquer des armes aux habitants de la cave, dont les enfants qui y sont nés et qui n'ont même jamais vu la lumière du soleil.
Le second thème du film, plus léger, porte sur les pérégrinations amoureuses d'un trio composé de Marko, son meilleur ami Blacky et la femme aimée par ce dernier, Natalja. Ce qui, soit dit au passant, apporte son lot de situations comiques et burlesques.
L'évolution de ces trois personnages s'effectue en parallèle avec la situation de la Serbie à trois périodes majeures de son histoire : la deuxième guerre mondiale et la domination nazie, la guerre froide et la dissidence de Tito, puis la guerre du début des années 1990 et la séparation de la Serbie de la Yougoslavie. Blacky y est devenu chef de guerre et cherche désespérément son fils, mort lors de sa première sortie de la cave (à noter que le personnage de Jovan, fils de Blacky, est interprété par Srdjan Todorovic, qui jouera quinze ans plus tard un acteur de films pornographiques dans A Serbian Film, le film scandale de l'année 2010).
La fin du film est basée sur une sublime métaphore de la séparation douloureuse de la Serbie de la Yougoslavie, résumant cinquante ans d'histoire en une seule prise. Un coup de génie de la part du réalisateur, une œuvre maîtresse du cinéma d'Europe de l'Est à voir absolument.