La grande imposture est celle de la Western Shugden society, plus connue en France sous le nom de Nouvelle Tradition Kadampa ou NTK (même si, très hypocritement, ils refusent de le reconnaître, ainsi qu'un de leurs adeptes me l'affirma non sans une gêne certaine).
En effet, cela fait des années qu'ils se plaignent de l'intolérance religieuse du Dalaï Lama au prétexte que celui-ci considère, comme cela est pourtant parfaitement son droit, que la pratique de l'esprit dénommé Dordjé Shugden est néfaste au bouddhisme. Très malhonnètement, les partisans de la NTK répètent inlassablement que le Dalaî Lama a pourtant pratiqué le culte de cet esprit à ses débuts. Cela est exact et rend d'autant plus légitime le chef spirituel des tibétains à donner un avis sur ce culte, sauf à lui interdire de changer d'opinion et de position.
Pour autant, force est de constater que la NTK ne souffre d'aucune interdiction que ce soit, puisque grace à leur prosélitysme forcené (d'ailleurs très contradictoire avec l'esprit bouddhiste pourtant revendiqué), ils s'étendent en France et en Europe, accumulant notamment les achats de biens immobiliers de valeur (un château en Loire Atlantique, un autre dans la Sarthe).
Il semblerait plutôt que la renommée internationale du Dalaï Lama soit pour eux une occasion inespérée et exploitée sans relache de se faire de la publicité à bon compte, ce qui peut être d'autant plus nécessaire que leur propre leader est doté d'un charisme des plus relatifs, pour rester modéré;
Ainsi ce livre constitue une accumulation de poncifs concernant le Dalaï Lama, mais aussi de mensonges éhontés, lesquels circulent opportunément sur le net.
On peut aussi souligner que la naissance du culte de Dordjé Shugden n'a jamais été totalement éclaircie, au contraire de ce qu'affirment ses partisans de la NTK. On peut retenir que son origine date du 5ème Dalaï Lama, qu'elle a fait suite à la mort dans des circonstances troubles d'un lama Guélougpa qui serait ensuite revenu sous la forme d'un esprit. Le 5ème Dalaï Lama ayant été informé que cet esprit venait hanter le Potala a demandé d'abord à des lamas Nyingmapa de le conjurer, puis face à leur échec, il a réitéré cette demande à des lamas Guélougpa. Ceux-ci ont vu l'intérêt qu'ils pourraient avoir, au lieu de faire disparaître cet esprit, d'en faire une déité propre à leur école pour se démarquer des autres courants et en particulier des Kagyü. C'est ainsi que Dordjé Shugden a commencé sa carrière de déité courroucée au service des moines Guélougpas et de l'aristocratique de Lhassa.
Le 5ème Dalaï Lama est mort sans réussir à dissuader les siens d'abandonner cette pratique que l'on peut qualifier de sectaire, puisqu'elle contenait dans les conditions de son apparition les germes d'une division chez les pratiquants bouddhistes. Les Dalaï Lama suivants n'ont pas vécu assez longtemps pour s'occuper de cette question. Il faut attendre le 13ème Dalaï Lama pour retrouver un chef spirituel à avoir tenté de mettre un terme à cette pratique superstitieuse, sans succès. L'actuel Dalaï Lama, élevé par l'aristocratie religieuse Guélougpa a bien entendu été encouragé à pratiquer ce culte, jusqu'à ce que les conditions (politiques et aussi d'évolution personnelle du chef spirituel des tibétains) ne le convainquent qu'il fallait y mettre un terme, dans les limites bien sûr de sa sphère d'influence.
La seule imposture qu'entendent donc dénoncer les auteurs de ce livre, c'est la position du Dalaï Lama à l'encontre de leur culte, lequel est un héritage direct de la société féodale du Tibet.
André Bareau, grand spécialiste de l'histoire du bouddhisme, parlait au sujet du bouddhisme tibétain, de bouddhisme dégénéré. Ce terme se comprend si on considère le monde qui sépare celui de l'enseignement du Bouddha historique de celui du bouddhisme pratiqué au Tibet. Ce dernier est l'héritier direct du shivaïsme du Cachemire et a plus à voir, dans ses pratiques et le culte de ses divinités, avec les hindous shivaïstes qu'avec le bouddhisme des origines.
Dordjé Shugden n'est qu'une péripétie supplémentaire dans la construction a posteriori de culte indigène et d'inspiration shamanique dans cette dérive du bouddhisme. Il est donc pour le moins cocasse d'entendre les enseignants de la NTK parler, en évoquant leur mouvement, de tradition pure, d'enseignement pur (la pureté est au centre de leur discours) et de tradition ininterrompue depuis le Bouddha Shakyamuni. On peut difficilement faire plus interrompu, en particulier en entretenant de manière forcenée le culte de l'esprit d'un moine mort brutalement au 17ème siècle.
Enfin entre autres énormités de cet ouvrage, signalons qu'il a été démontré l'absence totale de liens entre le Dalaï Lama et le nazisme :
Le mythe de la connexion entre le Tibet et les Nazis est une création tardive d'auteurs français : le premier, Terry Legrand, publia en effet en 1933 [1] un roman intitulé "Les Sept têtes du dragon vert" dont un passage fut repris et développé par Louis Pauwels et Jacques Bergier dans leur célébrissime "Le Matin des magiciens" (1960). Cela a été démontré très clairement par Isrun Engelhardt (Université de Bonn), reconnue dans le milieu scientifique pour la qualité de ses travaux sur le Tibet et les Nazis.
Après plusieurs refus du gouvernement tibétain, l'expédition de Schäfer au Tibet (1938-1939) fut autorisée à pénétrer au Tibet, atteignit Lhassa le 19 janvier 1939 et y resta deux mois. Schäfer ne put pas rencontrer le XIVème Dalaï Lama, alors âgé de quatre ans : en effet, ce dernier n'avait même pas commencé le long voyage qui, de sa région d'origine (Amdo), l'amena à Lhasa seulement le 8 octobre 1939. En revanche, il rencontra le Régent, Reting Rinpoche. Sur l'insistance du scientifique allemand qui voulait une preuve de son succès, le Régent adressa une simple lettre de courtoisie et quelques présents à Hitler. Malgré cela, il n'y eut jamais de contact officiel entre le gouvernement tibétain et les Nazis. Le fait que Schäfer ne put faire parvenir la lettre du Régent à Hitler que trois ans après son retour suffit à montrer le manque d'intérêt du gouvernement allemand pour le Tibet.
Il semble qu'il y ait eu confusion entre deux personnages : E. Schäfer, le scientifique d'un côté, et H. Harrer, l'alpiniste de l'autre. Ce dernier quitta l'Allemagne en avril 1939 pour une expédition d'alpinisme au Nanga Parbat (aujourd'hui au Pakistan). Il fut capturé à Karachi, ainsi que tous ses compagnons, par les Britanniques trois jours avant le début de la guerre. Avec un compagnon de captivité, Peter Aufschnaiter, il s'échappa et atteignit Lhassa en janvier 1946. La première entrevue entre H. Harrer et le Dalaï Lama n'eut lieu qu'en 1949. Ils se rencontrèrent ensuite durant un an avec l'autorisation du gouvernement tibétain qui encourageait ainsi l'ouverture du jeune hiérarque sur le monde extérieur, et ses dispositions pour les connaissances techniques. Néanmoins, aucune source n'a jamais fait apparaître H. Harrer chargé d'une mission par Hitler. H. Harrer quitta le Tibet en 1951, à la suite de l'invasion chinoise.